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The State, chronique d’un djihad ordinaire

10 Sep Publié par dans Séries | Commentaires
La série britannique de Peter Kosminsky, qui est diffusée sur Canal +, retrace le parcours de quatre Anglais partis rejoindre l’État islamique en Syrie. Impressionnant.

Comme son titre l’indique, la mini-série de quatre épisodes de 52 minutes produite par Channel affiche pour ambition de décrire le fonctionnement d’un État, en l’occurrence l’État islamique vu de Raqqa en Syrie qui fut la place forte de l’organisation (avec Mossoul en Irak) avant d’être, depuis le mois de juin, la cible d’une offensive lancée par l’alliance arabo-kurde, soutenue par la coalition internationale, ainsi que par les forces pro-Assad. La vie quotidienne de Raqqa sous le joug de l’EI est notamment décrite à travers quatre jeunes Britanniques décidés à servir le califat : Jalal (qui suit les traces de son frère aîné mort en «martyr») et son ami Ziyaad, la jeune Ushna et Shakira, femme médecin accompagnée de son fils de dix ans. Ayant passé sans encombres la frontière turco-syrienne (nous sommes à l’époque où le régime d’Erdogan favorisait l’arrivée des djihadistes), les nouveaux venus sont accueillis avec toutes les attentions et retrouvent de nombreux autres européens.

Banalité du mal

Puis, au fil des jours, cette communauté rayonnante et solidaire révèle son vrai visage. À l’asservissement volontaire répondent l’hypocrisie et le mensonge propres à toute entreprise totalitaire. Même les «sœurs» les plus ferventes n’échappent pas à un statut de seconde zone et aux châtiments corporels. Aucune des exactions de l’EI n’est occultée : les exécutions de civils, les décapitations, les tortures, l’embrigadement des enfants, les femmes chrétiennes et d’autres minorités religieuses réduites en esclavage, les opérations-suicides des kamikazes… Cependant, The State évite toute complaisance et exhibitionnisme dans l’exposition de l’horreur. La violence est sèche, désolante, absurde. Tout comme la glorification de la destruction et de la mort volontaire par des discours et des invocations religieuses.

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La série de Peter Kosminsky (réalisateur chevronné de la télévision britannique à qui l’on doit entre autres Warriors sur la guerre en Bosnie etLe Serment sur le conflit israélo-palestinien) impressionne par son réalisme et son refus du simplisme. Des habitants de Raqqa s’efforcent de rester dignes malgré l’oppression, des volontaires de l’EI ont des doutes, songent à s’enfuir. C’est un djihad «ordinaire» et la banalité du mal que nous montre The State servie par des acteurs remarquables et une mise en scène sans esbroufe.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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