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L’hirondelle, la cigarière et l’empereur

10 Sep Publié par dans Musique classique, Opéra | Commentaires

À Toulouse, de grands chefs sont attendus dans la fosse du Théâtre du Capitole pour une nouvelle saison lyrique face à l’un des meilleurs orchestres hexagonaux.

Le Théâtre du Capitole accueille en septembre un nouveau directeur artistique, Christophe Ghristi qui – après un passage à l’Opéra de Paris – revient dans la Ville rose où il fut dramaturge de l’opéra toulousain sous la direction de Nicolas Joel. Cette nouvelle saison a été imaginée par Frédéric Chambert, le successeur de Nicolas Joel, mais aussi en partie ajustée par Jean-Jacques Groleau, chargé de la dramaturgie avant d’être nommé directeur en attendant l’arrivée de son successeur. Comme toujours, d’éminents maestros se succèderont dans cette fosse, face à l’Orchestre national du Capitole, l’un des meilleurs orchestres hexagonaux

En ouverture de la saison lyrique, on retrouve Claus Peter Flor pour diriger « Tiefland » (Les Basses Terres), d’Eugen d’Albert, un ouvrage rare dans l’hexagone. Créé en 1903, au Théâtre allemand de Prague, « Tiefland » tire les leçons du wagnérisme et du vérisme et livre une synthèse de cet apogée de l’opéra. Nous sommes dans les Pyrénées catalanes, où un riche propriétaire force un de ses bergers à épouser sa propre maîtresse pour mieux la garder au sein du domaine. Parfois perçue comme une réponse allemande au vérisme, imprégnée de l’écriture de Puccini, cette œuvre se révèle pourtant affranchie de toute étiquette stylistique. Cette nouvelle production a été confiée au Britannique Walter Sutcliffe, connu à Toulouse pour ses mises en scène du « Tour d’écrou » et d’ »Owen Wingrave », de Britten. Aux côtés de la soprano américaine Meagan Miller, on attend le retour du ténor autrichien Nikolai Schukoff après sa performance toulousaine dans « Cavalleria rusticana ».

C. Margaine

L’autre nouvelle production de cette programmation est signée Jean-Louis Grinda, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo, maison coproductrice de cette « Carmen » à l’affiche au printemps. Créé en 1875, d’après une nouvelle de Prosper Mérimée, le dernier ouvrage de Georges Bizet est l’opéra le plus joué dans le monde. Il sera dirigé à Toulouse par l’Italien Andrea Molino et chanté par la jeune mezzo-soprano Clémentine Margaine (photo). On annonce à ses côtés deux partenaires de choix : le ténor américain Charles Castronovo – déjà apprécié sur cette scène dans « Manon » – et la basse russe Dimitry Ivashchenko.

Trois reprises ponctueront cette saison, dont deux mises en scène de Nicolas Joel. Après s’être illustrée dans « Un bal masqué », ce sera ainsi l’occasion de retrouver cet automne la soprano américaine Keri Alkema dans le rôle-titre de « la Rondine » (L’Hirondelle), de Giacomo Puccini, sous la direction du chef italien Paolo Arrivabeni. Le compositeur assurait que les clefs de ses pages sont «la finesse, la nuance et la souplesse.» Créé dans une certaine indifférence à l’Opéra de Monte-Carlo en 1917, l’ouvrage suit le destin d’une jeune parisienne entretenue par un riche protecteur, mais amoureuse d’un jeune homme de bonne famille. Datée de 2002, cette luxueuse coproduction avec le Covent Garden de Londres (photo) assume l’élégance et l’insouciance des Années Folles – c’est là sans doute la principale raison de son succès sur les grandes scènes internationales où elle a été présentée.

Après « le Prophète » et « Tiefland » en 2017, Claus Peter Flor dirigera cet hiver « la Walkyrie », deuxième et décisif volet de « l’Anneau du Nibelung » (Der Ring des Nibelungen) de Richard Wagner. Créé à Munich en 1870, c’est le plus lyrique et le plus humain des quatre épisodes de la tétralogie inspirée par la mythologie germanique et nordique. Après sa performance saisissante à la Halle aux Grains dans le rôle-titre de « la Pucelle d’Orléans », de Tchaïkovski, la soprano russe Anna Smirnova fera alors ses débuts sur la scène du Théâtre du Capitole dans la mise en scène de Nicolas Joel conçue en 1999.

Reprise enfin, en clôture de saison, d’une récente production de David McVicar pour habiller « la Clémence de Titus » (photo), de Wolfgang Amadeus Mozart. Créée en 1791, à Prague, l’ouvrage appartient au genre de l’opera seria, même si la partition surpasse à bien des égards un format déjà tombé en désuétude. Pourtant maintes fois mis en musique, le livret écrit en 1734 par le fameux Métastase – d’après le traité « De clementia » de Sénèque et le « Cinna » de Corneille – fut retravaillé par le compositeur et son librettiste Caterino Mazzolà pour insuffler de l’épaisseur au drame et resserrer l’action. Incarnation de la souveraineté absolue, l’empereur romain occupe la place centrale de ce qui sera le dernier opéra de Mozart. Détournant les stéréotypes du genre, « la Clémence de Titus » brille par son humanité dans une obscure clarté qui laisse apparaître la tristesse dissimulée de l’écriture d’un compositeur déjà souffrant. Virtuose du rôle-titre, le ténor britannique Jeremy Ovenden sera entouré de Keri Alkema en Vitellia et de la mezzo-soprano israélienne Rachel Frenkel sous les traits de Sesto. Ils seront dirigés par l’Italien Attilio Cremonesi, fin mozartien et familier du Capitole.

B. Uria-Monzon

On attend tout autant avec impatience le retour de Daniel Oren, spécialiste captivant de la musique de Giuseppe Verdi, pour sa lecture de « Macbeth ». Dixième ouvrage du compositeur, créé en 1847, et première de ses trois approches shakespeariennes, avant « Otello » et « Falstaff », l’ouvrage sera présenté dans la mise en scène de Jean-Louis Martinoty, production récente de l’Opéra de Bordeaux. Lady Macbeth, l’une des héroïnes les plus fascinantes du répertoire,  sera chantée par la mezzo-soprano française Béatrice Uria-Monzon (photo) qui n’était guère apparue sur cette scène depuis sa « Carmen », il y a dix ans. Elle se produira aux côtés d’un fidèle du Capitole, le baryton ukrainien Vitaliy Bilyy (« Un Bal masqué », « Ernani », « Lucia di Lammermoor »).

Après avoir dirigé deux ouvrages de Rameau à Toulouse, Christophe Rousset donnera une version de concert d’ »Orphée et Eurydice », de Christoph Willibald Gluck, dans la version française, dite «de Paris», créée en 1774. Il sera à la tête de son ensemble Les Talens Lyriques pour accompagner le ténor canadien Frédéric Antoun, la soprano néerlandaise Judith van Wanroij, et la jeune soprano belge Jodie Devos dans le rôle de L’Amour. Autres ensembles invités, Ars Nova et le chœur de chambre Les Éléments interprèteront trois œuvres essentielles de Luciano Berio : « Cries of London », « Folk Songs », « Laborintus II ». De son côté, le Chœur du Capitole chantera notamment la « Misatango », trait d’union tissé par le compositeur argentin Martín Palmeri entre le tango et la musique savante, sur les textes grecs et latins du «kyrie», «gloria», «credo», «sanctus» et «agnus dei».

Jérôme Gac
une chronique du mensuel Intramuros


« Tiefland », du 29 septembre au 8 octobre, au Théâtre du Capitole,
place du Capitole, Toulouse.
Tél. : 05 61 63 13 13.
Rencontre avant la représentation, 19h00.

Conférence par Michel Lehmann,
jeudi 28 septembre, 18h00,
au Théâtre du Capitole
(entrée libre).

photos :
B. Uria-Monzon © Philippe Gromelle

« La Clémence de Titus © Patrice Nin

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