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Chorégies 2017 Amnnéris est la reine de cette Aïda

18 Août Publié par dans Opéra | Commentaires

Compte rendu,  opéra. Orange. Chorégies 2017. Théâtre Antique, le 2 août 2017. VERDI : Aida .  Rachnelishvili, Arrivabeni,Fourny.

Une soirée aux Chorégies d‘Orange est toujours un moment d’exception. Partager avec 8500 spectateurs, les émotions d’un très grand opéra est un moment inoubliable. Savoir qu’un risque pèse sur l’avenir de ces Chorégies qui datent de la fin du XIXe siècle est insensé en 2017. Il paraîtrait que les banques ne veulent pas soutenir cette entreprise pourtant si peu subventionnée et forte pour la cohésion sociale.  Car les Chorégies font de grands efforts pour accueillir un large public bien au delà des maisons d’opéra traditionnelles. Le public est multicolore, passionné, il a une qualité d’écoute incroyable. La magie de l’acoustique des lieux force l’ admiration. Radios et télévisions diffusent les spectacles sur la planète entière.

Triomphe d’Amneris

Aida est certainement le chef-d’œuvre de Verdi qui est le plus à son aise dans ce lieu mythique. Nous avons eu la chance de le voir représenté ici à plusieurs reprises.
Si cette production n’est pas la plus parfaite elle ne manque pas de… grandes qualités. Tout d’abord il faut peut-être oser changer le titre de l’opéra et mettre en lumière la fabuleuse princesse Amneris d’Anita Rachnelishvili. Les Français connaissent bien cette fabuleuse mezzo-soprano à la voix magnifique et au jeu profond qui les a envoûtés avec en particulier une Carmen magnifique à Bastille et une Dalila sensuelle et vénéneuse. Son Amneris est incroyablement juste. Jamais l’ amour total de cette jeune femme n’a eu cette évidence. Son imploration à l’amour est faite d’une voix céleste de douceur. Dans sa colère, l’amour blessé sourd et face à sa rivale, elle reste noble et respectueuse. Dans le dernier duo avec Radamès, le jeux est admirable et lorsqu’elle se retrouve implorante à ses pieds sa souffrance à être dédaignée est poignante. La voix de la mezzo soprano géorgienne est immense et capable de nuances subtiles. Les couleurs sont d’une richesse incroyable. Et la fluidité de ses phrases chantées avec délicatesse, est un vrai régal. Son incarnation de la princesse Amneris est complète et subtile loin de la virago trop souvent entendue.

Sa rivale, Aida, est incarnée par la jeune soprano américaine Elena O’ Connor. Son physique fragile et noble et son jeu sont envoûtants. La voix est encore trop jeune pour ce rôle mais on devine des moyens adéquats en devenir et qui s’épanouiront dans un autre lieu et avec une direction musicale plus attentive. Rendons hommage à cette artiste très courageuse qui a sauvé la production in extremis. Accepter une prise de rôle si risquée à Orange est remarquable. Marcelo Alvarez est un Radamès un peu fruste scéniquement et vocalement. La lumière de son timbre de rêve donne de la jeunesse à l’ amoureux et il semble s’en contenter. Mais son art plus subtile se révèle dans le dernier acte, où face aux deux femmes de sa vie : Amneris qu’il dédaigne et Aida qui devient son unique obsession, le général égyptien chante et joue avec intensité. L’Amonastro de Quinn Kelsey est vocalement et scéniquement à la hauteur de ce rôle tout d’une pièce, machine à briser la vie autour de lui. La belle voix du baryton hawaïen s’épanouit dans les emportements et les fulgurances du bord du Nil. Le grand prêtre de Nicolas Courjal est impressionnant d’autorité. Le messager de Remy Mathieu a une belle présence vocale et en quelques mots fait naître une véritable émotion. La grande prêtresse de Ludivine Gombert est très belle et sa voix passe bien avec un effet de lointain très subtilement rendu avec les harpes psalmodiant. Seul le Roi totalement hors propos est à oublier.
L’admirable travail des chœurs sous la coordination de Stefano Visconti permet une puissance vocale qui force l’admiration. La réunion de quatre choeurs d’opéra en une entité parfaite reste l’une des magie des Chorégies. L’ Orchestre National de France a  été dans un grand soir avec des violons divins et des bois très émouvants. Tout particulièrement le hautbois de Nora Sismondi et les quatre flûtes sans oublier la clarinette basse de Renaud Guy-Rousseau. La parfaite acoustique du Théâtre antique a permis de se délecter des sonorités si belles de l’orchestre.

La direction de Paolo Arrivabeni ne nous a pas convaincu. Il a semblé concentré sur la splendeur de son orchestre sans faire ce lien si fondamental avec le plateau. Insensible aux chanteurs, il a par sa rigidité à maintenir un tempo lent mis en difficulté Marcelo Alavares dès son redoutable « Celeste Aida ». Le stress perceptible chez le ténor l’a mis en grande difficulté. Le chef s’est révélé également sans soutien pour la fragile Aida d’ Elena O’ Connor. Jamais il n’a cherché à adapter les nuances de son orchestre aux voix. À Orange, c’est criminel. Quelle pitié alors qu’Aida marche sur le tour de l’orchestre et vient chanter à côté du chef «  Patria mia » de constater le peu d’empathie du chef, son absence de phrasés commun et pour finir ne pas lui permettre de s’épanouir sur son contre ut. Rudes moments que ce chef a imposé aux chanteurs, lui toujours rivé à sa partition et son tempo !
La mise en scène de Paul-Émile Fourny joue sur deux époques. Cela lui permet de rendre hommage à Mariette l’égyptologue qui a inventé le scénario. Cela n’est pas une nouveauté mais fonctionne bien. Les décors et les costumes de Jean-Pierre Capeyron et Giovanna Fiorentini sont élégants et le mélange du XVIII ième siècle pré-napoléonion  et de l’ antique égyptien générique est pertinent.
Les lumières de Patrick Méeüs sont très efficaces et belles, du grand soleil du triomphe à la délicate nuit du bord du Nil.
La chorégraphe de Laurence May-Bolsingner propose des choses intéressantes dans le refus d’antiquisation et cet univers du retour d’Egypte à Paris. Le ballet des soldats napoléoniens réduits à des automates sent l’ antimilitarisme mais en quoi cela soutient t-il le propos de l’opéra ?

L’Aida 2017 des Chorégies restera celle d’Amneris dans l’interprétation très subtile d’Anita Rachnelishvili en une incarnation tout à fait inoubliable.

Compte rendu opéra. Orange. Chorégies 2017. Théâtre Antique, le 2 août 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aïda, Opéra en quatre actes, livret d’Antonio Ghislanzoni d’après une intrigue d’ Auguste-Edouard Mariette, crée au Caire, opéra khédival le 24 décembre 1871. Mise en scène : Paul-Émile Fourny ; Scénographie : Benoit Dugardyn ; Costumes : Jean-Pierre Capeyron et Giovanna Fiorentini ; Lumières : Patrick Méeüs ; Chorégraphie : Laurence May- Bolsingner ; Le Roi d’Egypte : José Antonio Garcia ; Améris , sa fille : Anita Rachnelishvili ; Aida : Elena O’ Connor ; Radamès : Marcelo Alvarez ; Ramfis : Nicolas Courjal ; Amonastro : Quinn Kelsey ; Un messager : Remy Mathieu ; La voix de la Grande Prêtresse : Ludivine Gombert ; Chœurs d’ Angers-Nantes Opéra ;  Chœur du Grand Opéra Avignon ; Chœur de l’ Opéra de Monte-Carlo ; Chœur de l’Opéra de Toulon ; Ballet du Grand Opéra Avignon ; Ballet de l’ Opéra-Théâtre de Metz ; Coordination des Chœurs : Stefano Visconti ; Orchestre National de France ; Direction Musicale : Paolo Arrivabeni.

Photo : Philippe Gromelle

Posté par Hubert Stoecklin

 

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