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Acquisition n°1 : La Fourchette d’André Kertész

14 Août Publié par dans Photo | Commentaires

La Collection Idéale : ou comment Culture 31 devint le lieu de conservation des œuvres d’art, célèbres ou confidentielles, que tout collectionneur virtuel se doit de posséder.

En 1928, André Kertész vit à Paris depuis trois ans et vient de s’offrir un Leica : un appareil petit, léger, maniable, qu’il est alors le premier professionnel à utiliser.

André Kertész – Autoportrait au chat – 1925

Grâce à cela, le photographe a enfin l’impression de vivre pleinement selon sa devise : « Je ne fais que ce qui me plaît ». C’est pourtant ce qu’il a toujours fait.

En 1914, à vingt ans, il s’est arraché au confort de sa bourgeoisie pour s’engager volontairement sur le front russe dans l’armée austro-hongroise où, armé d’un appareil Ica, il ne capte pas les événements qui font l’Histoire, mais les soubresauts à peine visibles du quotidien de ses compagnons de combat.

Car ce qui le captive ne dépend que de l’intime. Il aime les esquisses de sourire. Il aime les détails au premier plan. Il aime prendre des portraits de pigeons.

Il dit : « Ma photographie est vraiment comme un journal intime visuel. C’est un outil pour exprimer et décrire ma vie, de la même façon que les poètes et les écrivains décrivent leurs expériences de la vie. »

A l’époque, tout le monde trouve ça inconcevable, Man Ray en tête.

Un soir de 1928, André Kertész et son Leica sont attablés. Au bord de la table gît une assiette, à son côté, une fourchette. L’assiette est blanche comme la nappe : sans son ombre, on la remarquerait à peine. Kertész pose la fourchette sur l’assiette, ses dents y projettent quatre traits sombres. Kertész porte son œil à son viseur, son doigt au déclencheur, le manche de la fourchette court maintenant hors-champs quand, au dessus, le meuble se termine en trait noir : c’est parfait.

La Fourchette – 1928

Il ignore encore mais se doute peut-être qu’il vient de capter l’une des plus saisissantes image du XXème siècle : de celles qui construisent l’histoire de l’art, qui provoquent des vocations et attirent la vénération de vos pairs, à commencer par Henri Cartier-Bresson.

« J’ai un don », dira -il souvent.

Et aussi, après une carrière immense : «  Je suis un amateur et j’entends le rester. Regardez les amateurs dont le seul but est de recueillir un souvenir : voilà de la photographie pure. »

André Kertész, jusqu’au bout, n’aura été que ce qui lui plaisait.

Eva Kristina Mindszenti

Andor Kertész, dit André Kertész (1894 Budapest – 1985 New York)

La Fourchette- 1928. Épreuve gélatino-argentique de 1977, don de l’artiste au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris


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