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Vacances de cinéma

27 Juil Publié par dans Cinéma | Commentaires
Quand le septième art a pour sujet ou décor les vacances estivales, cela donne des images et des films inoubliables.
Les vacances sont un domaine d’exploration cinématographique privilégié, notamment en France par le biais de la «grosse» comédie : de L’Hôtel de la plage (1978) de Michel Lang à Camping (2006) et ses suites de Fabien Onteniente en passant par Les Sous-doués en vacances (1982) de Claude Zidi, Les Randonneurs (1997) et sa suite de Philippe Harel, la série des Saint-Tropez de Max Pécas, etc. Sur un ton plus doux-amer épousant les variations du cœur et du corps propres à cette saison, Un moment d’égarement (1977) de Claude Berri, L’Année des méduses (1984) de Christopher Frank, Les Maris, les Femmes, les Amants (1989) de Pascal Thomas ou La Baule-les-Pins (1990) de Diane Kurys marquèrent les esprits tandis que La Piscine (1969) de Jacques Deray trempait le soleil dans le sang du thriller et que Les Petits Mouchoirs (2010) de Guillaume Canet faisait du Cap-Ferrat un décor mélodramatique.
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Évidemment, impossible d’évoquer les histoires d’amour et les marivaudages de vacances sans se souvenir d’Eric Rohmer qui avec La Collectionneuse (1967), Le Genou de Claire (1970), Pauline à la plage(1983) ou Le Rayon vert (1986) signa des films plein de grâce. Chez les anglo-saxons, la tendance est plutôt de faire des vacances des motifs de thriller ou de film d’horreur. Là, des touristes ou des jeunes femmes sont les proies de bêtes féroces, d’autochtones inhospitaliers, de tueurs en série, de trafiquants d’organes et divers maniaques. Hostel (2005) d’Eli Roth, Les Dents de la mer (1975) de Steven Spielberg, Piranhas (1978) de Joe Dante, Paradise Lost (2006) de John Stockwell, And Soon the Darkness(2010) de Marcos Efron ou I Spit on Your Grave (2010) de Steven R. Monroe illustrent, parmi tant d’autres, cette tendance. Le sujet est inépuisable, alors voici quelques films inoubliables auréolés de cette parenthèse enchantée que constituent que les vacances d’été…

Les Vacances de Monsieur Hulot (1953) de Jacques Tati

C’est avec ce film que l’on fit connaissance du bon Monsieur Hulot, célibataire dégingandé et maladroit, sorte de gamin qui aurait grandi trop vite et qui provoque des catastrophes (petites) sans le vouloir. Notre homme a ici décidé de passer ses vacances dans une petite station balnéaire de la côte atlantique. Anarchiste malgré lui, il va troubler de façon plus ou moins désagréable les occupations des autres vacanciers par sa guimbarde pétaradante, son curieux service au tennis ou un feu d’artifice nocturne… Poursuivant l’une des roues de sa voiture, il va même réussir à s’inviter à des obsèques où il recevra les condoléances de l’assistance en dépit d’un fou rire irrépressible. Tout cela est mis en scène avec une invention et une fluidité exceptionnelles. Jacques Tati bannit quasiment les dialogues (le phénomène s’accentuera de film en film) au profit de la créativité visuelle et sonore. Grincements, sifflements, explosions, onomatopées et autres bruits divers accompagnent les images pour en révéler ou en détourner le sens. Ce cinéma extrêmement complexe dans sa composition et son élaboration respire pourtant le naturel tout en distillant chez le spectateur une joie indélébile défiant le temps comme les modes.

Voyage à deux (1967) de Stanley Donen

Si Stanley Donen restera dans l’histoire pour avoir réalisé des chefs-d’œuvre de la comédie musicale (Un jour à New York, Chantons sous la pluie), on lui doit aussi de superbes réussites comme Charade ou ce Voyage à deux qui retrace les désillusions et les bonheurs d’un couple parti une nouvelle fois d’Angleterre vers les routes du Sud de la France pour tenter de renouer les fils distendus de leur amour. Par des flash-back jamais lassants, Donen dessine l’histoire d’une passion qui au fil des ans s’est lestée d’habitudes et d’amertumes réciproques. Albert Finney et Audrey Hepburn campent ces mariés un peu las avec une élégance folle. Voyage à deux est aussi léger que mélancolique. Tout dans ce film, du générique de Saul Bass à la musique d’Henry Mancini, est frappé du sceau de la grâce.

Un été 42 (1971) de Robert Mulligan

Un grand classique du mélodrame amoureux, immortalisé notamment par la musique de Michel Legrand (qui recevra un Oscar), avec cette éducation sentimentale d’un garçon de quinze ans par une femme ayant le double de son âge. Sur une petite île de la Nouvelle-Angleterre, Hermie et ses deux meilleurs amis tuent l’ennui des vacances d’été en rêvant de perdre leur virginité. Le fracas de la guerre est loin sauf pour Dorothy qui attend le retour de son mari engagé dans l’armée et à laquelle l’adolescent rend de menus services. Il fallait beaucoup de pudeur et d’élégance pour ne pas tomber dans le scabreux ni le voyeurisme. Robert Mulligan (Daisy Glover) releva magnifiquement le défi et offrit à Jennifer O’Neill son plus beau rôle.

Les Bronzés (1978) de Patrice Leconte

Adapté de la pièce Amour, Coquillages et Crustacés écrite par la troupe du Splendid, Les Bronzés (qui sera suivi par l’excellent Les Bronzés font du skiet d’une troisième épisode dispensable) est devenu un classique au gré des rediffusions à la télévision. Près de quarante ans après, le film demeure une mécanique comique imparable grâce une extraordinaire qualité d’écriture (pas une ligne de dialogue qui ne fasse pas mouche) et des comédiens au sommet de leur art. Clavier, Lhermitte, Jugnot, Blanc, Chazel, Balasko et les autres ont créé des archétypes (dont le fameux Jean-Claude Dusse et ses répliques cultes : «Sur un malentendu, ça peut marcher», «J’crois que j’ai une ouverture»…) tout en atteignant une certaine vérité sociologique à travers la description du tourisme de masse à l’ère du Club Med ou la peinture cruelle des impasses de la libération sexuelle. Thèmes qui seront par ailleurs repris par Michel Houellebecq…

Pauline à la plage (1983) d’Eric Rohmer

Pauline, quatorze ans, passe la fin de ses vacances estivales à Granville dans la maison normande de sa cousine, la belle et éthérée Marion qui vient de divorcer. Comme chaque été, celle-ci retrouve son vieil ami Pierre qui a toujours été amoureux d’elle. Tout le monde le dit : ces deux-là se ressemblent tellement qu’ils feraient un beau couple, mais Marion est plutôt attirée par son contraire. En l’occurrence Henri, un navigateur, de passage dans le coin où il possède une maison, séducteur viril farouchement attaché à son indépendance. Pendant ce temps, Pauline flirte innocemment avec un garçon de son âge sous le regard désapprobateur de Marion qui la verrait bien initiée aux jeux de l’amour par le beau et gentil Pierre. À son habitude, Eric Rohmer signe un marivaudage où le cynisme, la jalousie, la naïveté, l’aveuglement volontaire et le mensonge ont leur part et où les plans savamment ourdis vont se retourner contre leurs créateurs. Comme dans ses meilleurs films, le cinéaste a rassemblé une interprétation de premier plan. Arielle Dombasle joue une ravissante idiote avec un naturel impressionnant, Feodor Atkine excelle en salaud que l’on n’arrive pas à détester face à un Pascal Gregorry tellement aimable qu’il en devient horripilant. Puis, il y a la formidable Amanda Langlet dont la fraîcheur se marie à une maturité rare. À l’image de la scène finale drôle et cruelle à la fois, ce récit initiatique en forme de comédie de mœurs est d’une implacable efficacité.

Liberté-Oléron (2000) de Bruno Podalydès

Vacances à Oléron pour la famille Monot. Papa, maman et les quatre fils retrouvent leur pavillon, mais cette année Monsieur Monot a décidé de succomber à l’air du large. Un petit bateau à voile d’occasion n’égaierait-il pas le séjour estival ? Ce désir de liberté et d’évasion fait le bonheur d’un vendeur peu scrupuleux qui en profite pour refourguer Le Zigomar, rutilant rafiot de six mètres, bientôt baptisé Liberté-Oléron… Sur ce mince canevas, Bruno Podalydès (réalisateur, scénariste et acteur) et son frère Denis (scénariste et interprète) tissent une comédie à la fois sensible et féroce qui révèle peu à peu ses richesses en enchaînant autant de scènes que de répliques d’anthologie. Cette chronique de vacances marie l’humour à la poésie et si Liberté-Oléron est sur le point de basculer dans la tragédie, les auteurs gardent le cap sur un entre-deux (rire et mélancolie, tendresse et noirceur) qui fait la beauté incomparable de leur cinéma. Un chef-d’œuvre.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Les vacances de Monsieur Hulot © Carlotta Films

Pauline à la plage © Les Films du Losange

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