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Des légendes du jazz à Marciac

21 Juil Publié par dans Festival, Jazz | Commentaires

La quarantième édition du festival réunit un plateau de prestige avec quelques monstres sacrés ayant dépassé les frontières du jazz.

Comme à son habitude, le festival Jazz in Marciac va mêler les genres pour sa quarantième édition qui se déroulera du 28 juillet au 15 août. Classique, pop, soul, gospel, blues, musiques latines, inspirations africaines ou manouches se marieront au jazz à travers une programmation aussi riche que variée où l’on retrouvera : Katia et Marielle Labeque, Norah Jones, Dee Dee Bridgewater, Biréli Lagrène, Manu Dibango, Gregory Porter, Roberto Fonseca, Roy Hargrove…

Dans le domaine des rencontres, les pianos de Ray Lema et de Laurent de Wilde se croiseront, la trompette de Stéphane Belmondo répondra au piano de Jacky Terrasson tandis que le pianiste cubain Chucho Valdés rendra hommage à son mythique groupe Irakere en compagnie du saxophoniste Kenny Garrett (longtemps sideman de Miles Davis). Autre hommage : celui d’Ibrahim Maalouf, accompagné par The Amazing Keystone Big Bang, à Oum Kalsoum. Par ailleurs, quelques grandes figures du jazz hexagonal seront au rendez-vous de ce JIM 2017 comme Didier Lockwood, Richard Galliano (en solo), Daniel Humair ou Henri Texier qui aura comme invité spécial Manu Katché… À propos de batteur, on peut signaler dans la formation du saxophoniste Joshua Redman la présence de l’excellent Brian Blade. Enfin, sans être exhaustif, impossible d’évoquer cette quarantième en faisant l’impasse sur trois légendes du jazz : Herbie Hancock, George Benson et Stanley Clarke.

Herbie Hancock, pianiste historique

Il a composé des standards du jazz, a révolutionné cette musique auprès de Miles Davis, a touché à tous les genres et a multiplié les collaborations inoubliables.
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Herbie Hancock

À 77 ans et avec plus d’un demi siècle d’activité, Herbie Hancock incarne une partie de l’histoire du jazz. Plus grand pianiste en activité avec Chick Corea et Keith Jarrett, il a d’abord été du mythique quintette de Miles Davis avec Wayne Shorter, Ron Carter et Tony Williams. Juste avant, en 1962, Herbie Hancock enregistre son premier album en tant que leader, Takin’ Off, et s’offre même un «tube» avec Watermelon Man. D’autres disques, devenus des classiques vont suivre : Empyrean Isles (qui comprend Cantaloupe Island), Maiden Voyage ou Speak Like a Child en 1968. Quand Miles Davis électrifie sa musique en 1969 dans In a Silent Way et crée le jazz rock, Hancock doit se mettre au clavier électronique. Ce tournant, même s’il quitte Miles dans la foulée, va profondément influencer sa musique.

À partir de 1970, il investit le jazz fusion et le free jazz au gré d’albums expérimentaux marqués par l’utilisation des synthétiseurs puis bifurque résolument vers le funk en fondant le groupe Headhunters qui connaît un vif succès et à propos duquel il dira : «Plutôt que de travailler avec des jazzmen sachant jouer du funk, j’ai travaillé avec des musiciens de funk sachant jouer du jazz». Pour autant, il ne néglige pas le jazz plus classique, acoustique et hard-bop notamment à travers la formation VSOP qui reconstitue le quintette de Miles avec Freddie Hubbard à la place de ce dernier. Jonglant avec les registres, Hancock se permet même de signer des albums lorgnant sur le disco et la pop funky avant de récolter un énorme succès commercial en 1983 avec le titre Rockit, extrait de l’album Future Shock, qui comprend du scratch et annonce la musique électronique. On aura compris que l’artiste était de ceux refusant les frontières et les préjugés musicaux, capables de s’approprier toutes les innovations technologiques ou esthétiques sans jamais renier la tradition.

De Ravel à Kurt Cobain

En témoigne, par exemple, l’album The New Standard en 1996, où il reprend en compagnie de jazzmen chevronnés (John Scofield, Dave Holland, Jack DeJohnette…) des tubes pop ou rock (Beatles, Prince, Stevie Wonder, Nirvana…) en version instrumentale. Deux ans plus tard, c’est l’univers de Gershwin qu’il revisite avec un superbe album auquel participe Joni Mitchell. Hancock rendra d’ailleurs hommage à celle-ci en 2007 avec le magnifique River : The Joni Letters en compagnie de Wayne Shorter, Norah Jones ou Tina Turner. Le disque obtient le prix du meilleur album de jazz contemporain lors de la 50ème cérémonie des Grammy Awards, mais surtout le prix de l’album de l’année (second album de jazz à recevoir cette récompense).

On a encore retrouvé ce touche-à-tout de génie comme auteur de musique de films (on lui doit parmi tant d’autres celles du cultissime Blow-Up d’Antonioni et du Autour de minuit de Tavernier qui rafle l’Oscar de la meilleure musique). Bref, de par sa formation de pianiste classique, sa curiosité inlassable, son goût des rencontres, Herbie Hancock peut jouer avec Chick Corea ou Carlos Santana avec le même bonheur, interpréter Ravel ou Kurt Cobain avec le même talent. Pour ne rien gâcher, le samedi 29 juillet à Marciac, il sera entouré de musiciens exceptionnels – Terrace Martin au saxophone, Lionel Loueke à la guitare, James Genus à la basse, Vinnie Colaiuta à la batterie – que les connaisseurs apprécieront…

George Benson : guitare et voix

A l’instar d’un Al Jarreau, George Benson fait partie de ces artistes éducateurs ayant amené de nombreux auditeurs à découvrir le jazz via la soul ou le funk. Grâce à Benson et d’autres, on peut ainsi remonter aux sources, aborder les classiques de Miles Davis par une version de So What à la guitare. Né en 1943 à Pittsburgh, Benson fut un enfant musicien prodige puis un sideman apprécié (il accompagna Wes Montgomery à l’âge de 19 ans, Miles Davis l’enrôla en 1968 pour Miles in the Sky) avant de publier son premier album solo à 21 ans. Les débuts du guitariste sont dans la plus pure tradition hard bop et lui valent une belle réputation. Des musiciens prestigieux (Herbie Hancock, Ron Carter, Billy Cobham, Freddie Hubbard, Kenny Barron…) l’accompagnent.

George Benson

Il interprète ses propres compositions ou celles de Michel Legrand, Curtis Mayfield, Horace Silver, Gershwin, Burt Bacharach, des Beatles… La variété de ses goûts et de ses influences laisse présager de nouvelles aventures. L’album Breezin’ en 1976 – avec la collaboration du grand arrangeur et chef d’orchestre Claus Ogerman – marque le décollage de sa carrière. A côté d’instrumentaux smooth jazz, le public découvre la voix soyeuse du musicien sur This Masquerade.

Se forger un son

Les disques s’enchaînent, le funk et la soul se font toujours plus sentir jusqu’à l’explosion de l’album Give Me The Night sur le label de Quincy Jones qui est également producteur et qui convoque la crème des musiciens : Lee Ritenour, Greg Phillinganes, Abraham Laboriel, John Robinson, Paulinho Da Costa, Herbie Hancock, George Duke… Rod Temperton (futur auteur du Thriller de Michael Jackson) signe cinq chansons dont celle qui donne son titre à l’album et qui devient un tube planétaire. Le son de guitare de Benson se marie à un groove funky irrésistible. Le musicien de jazz envahit les hits parades et les discothèques.

Par la suite, il collectionnera succès et insuccès, alternera retours au jazz et disques R&B parfois trop formatés, élargira la palette de ses collaborations en enregistrant avec Marcus Miller, Steve Gadd, Nathan East, les musiciens du groupe Toto. En 1990 un disque et une tournée avec le Count Basie Orchestra montrent que Benson n’a rien perdu de ses fondamentaux. Autre disque marquant : Givin’It Up en 2006 avec Al Jarreau. On ne sait pas pourquoi la rencontre entre ces deux-là n’a pas eu lieu avant tant leurs univers se répondent. De vieilles connaissances (Herbie Hancock, Marcus Miller, Stanley Clarke…) leur prêtent main-forte. En 2013, il revisite comme une évidence le répertoire d’un autre crooner de légende : Nat King Cole. Dans une interview, voici quelques années, Benson payait ses dettes à Wes Montgomery : «Wes a révolutionné la guitare en y jouant comme un piano. Lui qui ne savait ni lire ni écrire la musique a élaboré un système harmonique complexe, s’inspirant des explorations de Coltrane et du hard bop. Chacun de mes accords découle de ses inventions. Comme lui, j’ai tenté de me forger un son. Personne n’oubliera celui de Montgomery». On n’oubliera pas non plus George Benson et on pourra le voir à Marciac le mardi 1er août.

Stanley Clarke, maître de la basse

Depuis que le jazz s’est électrifié, trois virtuoses de la basse ont éclos : Jaco Pastorius (1951-1987), Marcus Miller et Stanley Clarke. Ce dernier, né en 1951, fait ses débuts dans des groupes de rock et auprès d’Aretha Franklin après être sorti du conservatoire de Philadelphie. C’est à New York que le jeune homme devient un contrebassiste de jazz réputé accompagnant notamment Horace Silver, Art Blakey, Pharoah Sanders ou Stan Getz. Le pianiste Chick Corea (qui avait remplacé Hancock dans le groupe de Miles Davis) le repère et l’invite à participer au groupe de jazz fusion qu’il va fonder : Return to Forever. Stanley Clarke participera à plusieurs albums de cette formation célèbre tout en lançant sa propre carrière solo (une vingtaine d’albums depuis 1973) où la vitesse de son jeu et sa pratique du slap excellent aussi bien dans le jazz-rock que dans le funk.

Stanley Clarke

Pour ce dernier registre, c’est avec le claviériste George Duke que Clarke s’associe. Les deux hommes signent plusieurs disques ensemble et quelques tubes commeSweet Baby. Clarke n’a cessé de multiplier les expériences, de jouer avec des musiciens venus du rock (Jeff Beck), de composer de nombreuses musiques de film, de reprendre des tubes pop (dont une version rap du Born in the USA de Springsteen ou une version jazz du Under the Bridge des Red Hot Chili Peppers). Côté électrique, il participe aussi au groupe SMV rassemblant Marcus Miller et Victor Wooten. Côté acoustique, il reprend sa contrebasse et rappelle à quel point il est un prodigieux instrumentiste. À signaler qu’à Marciac, le jeudi 3 août, le groupe de Stanley Clarke comprendra le prodige géorgien du piano Beka Gochiashvili âgé de 21 ans.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante


Jazz in Marciac

du 28 juillet au 15 août 2017

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