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L’Ubu Club

13 Juil Publié par dans Patrimoine | Commentaires

Retour sur des lieux emblématiques de Toulouse et de sa mémoire.

Dans son registre, celui de la nuit, on ne peut pas trouver de lieu plus emblématique de Toulouse que L’Ubu. Né en 1959, le club de la rue Saint-Rome a traversé les époques et les modes, a connu des hauts et des bas, mais a insolemment traversé le temps. Il a été lifté, relifté. Peu importe, la mémoire demeure. Des générations de Toulousains l’ont fréquenté. Des parents, leurs enfants. Peut-être des petits-enfants aujourd’hui ? Qui peut en dire autant ? La transmission a du bon. On appelle cela une institution. La province, même si elle s’en dédie, aime copier Paris. Le fondateur de L’Ubu Club, Emile Fernandez, ne cachait pas s’être inspiré du Régine’s ou de Chez Castel pour créer dans les caves de brique du 16 rue Saint-Rome le temple des nuits toulousaines.

D’emblée, L’Ubu s’est voulu «select», chic, BCBG. Le mot «Club» n’avait pas été choisi par hasard. Il fallait montrer patte blanche. Les physionomistes avaient l’œil. Les consommations n’étaient pas données. On pouvait aussi s’y restaurer. La dimension humaine et intime de la boîte permettait d’éviter les foules des discothèques traditionnelles. Très vite, les célébrités (on ne disait pas encore people) de passage dans la ville s’y pressèrent. Cela alimentait le mythe. La tradition perdura. Dommage que les murs de L’Ubu ne puissent pas raconter ce qu’ils ont vu et entendu.

Âge d’or

L’âge d’or de L’Ubu Club fut les années soixante-dix. Nous n’avons pas connu cette époque, mais on imagine l’ambiance. C’était la France de Pompidou et de Giscard. Le choc pétrolier faisait parler de lui et on s’inquiétait du nombre de chômeurs. Ils étaient 400 000 en 1974. Les Trente Glorieuses s’achevaient, mais personne ne le savait encore. Alors on s’amusait. L’insouciance n’était pas un défaut. Les rencontres d’un soir ne propageaient pas une maladie mortelle. Tout le monde fumait tout le temps. La ceinture de sécurité venait à peine d’être rendue obligatoire. On avait des principes, pas celui de précaution. Le disco allait déferler. Toute une époque.

Dans le roman Les Hanches de Laetitia, prix Roger Nimier 1990, Eric Neuhoff se souvient de sa jeunesse de khâgneux à Toulouse, au milieu des années soixante-dix : «L’Ubu, il n’y a que ça à faire un vendredi soir (…) Une heure plus tard, nous étions installés autour d’une table à L’Ubu. Cette boîte est une ancienne cave de brique rose. Ça a de la gueule. Sur la piste, un type dansait avec un chapeau de paille. Encore un malin.» De ces malins, nous en avons connus. Ils doivent toujours exister. De toute façon, L’Ubu était un passage obligé. Même ceux qui brocardaient son côté ringard, «bourge» ou kitsch finissaient par rendre les armes. «OK, mais juste un verre alors.» Mouais. On connaît la chanson. Cela finissait au petit matin. Les années ont filé. Des souvenirs se sont sédimentés. L’histoire continue. On va à L’Ubu ?

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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