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C’était Prince…

19 Juin Publié par dans Littérature, Musique | Commentaires

Avec Prince, le cygne noir, Alexis Tain consacre une passionnante biographie à l’artiste disparu le 21 avril 2016.

Voici à peine plus d’un an, Prince était retrouvé mort dans l’ascenseur menant à ses appartements de sa résidence de Paisley Park dans le Minnesota. Cause du décès : surdose accidentelle d’un médicament antidouleurs à base d’opiacés. Une semaine plus tôt, il venait de donner à Atlanta ce qui serait son dernier concert et – selon lui – le meilleur concert de l’inattendue tournée «Piano & A Microphone» qui, comme son nom l’indique, voyait l’artiste revisiter son répertoire seul au piano. C’est par l’évocation de ce concert que s’ouvre le livre d’Alexis Tain dont la composition est un modèle du genre. Bousculant la chronologie, s’offrant des digressions et des apartés sans jamais perdre de vue les grandes lignes du récit princier, Prince, le cygne noir est une biographie magnétique qui entraîne le lecteur au plus près du sujet.

Continent musical

Artiste secret et surexposé, Prince Rogers Nelson, né le 7 juin 1958 à Minneapolis, dans une famille adventiste du septième jour, aura signé au gré de près de quarante albums des tubes planétaires (Purple Rain, When Doves Cry, Kiss, Girls & Boys, Sign O The Times…) et surtout des dizaines de chansons témoignant de la variété de ses talents et de ses inspirations. Bien sûr, il y eut la décennie magique des années 80, débutant avec Dirty Mind («ce crossover qui tend le pont entre funk noir et rock blanc, et dont le trait esthétique est, définitive, de ne ressembler qu’à son auteur») et s’achevant avec Batman, bande originale du film de Tim Burton. Entre les deux : 1999, Purple Rain ou Sign O The Times, c’est-à-dire des «manifestes esthétiques qui ont redéfini les canons de la pop.»

«Prince, c’est aussi une grande lessiveuse, un brassage d’influences diverses, de Joni Mitchell à James Brown, de Sly Stone aux Beatles, de Duke Ellington à Santana, de Stevie Wonder à Andreas Vollenweider, de Little Richards à Sabine Paturel (Billy Jack Bitch, sa relecture des Bêtises). Seul en studio, il a trouvé sa recette magique d’une pop funky et sexy, reconnaissable entre toutes grâce à sa signature sonore, fruit des bidouillages de sa boîte à rythme Linn Drum LM-1 et d’un savant brassage d’instruments synthétiques et organiques. Le Prince des années 1980, c’est aussi et peut-être surtout un grand compositeur, capable de trousser des mélodies inoubliables et de projeter son auditeur dans des contrées musicales qui privilégient toujours le plaisir derrière le voyage sonore», écrit Alexis Tain qui, dans les influences moins connues du grand public (comme Joni Mitchell) cite encore Steely Dan, Boz Scaggs, les Doobie Brothers ou Chicago. Pour autant, et contrairement à tant d’autres, le «Kid de Minneapolis» ne tomba pas dans le recyclage et le simulacre post-modernes. «Composition, réalisation artistique, tessiture des voix, timbre des instruments, textes… Tout est singulier chez Prince. Son œuvre est un continent musical, une planète à part dans le système musique», précise Alexis Tain.

2000 chansons inédites ?

Au-delà des chefs-d’œuvre incontestables, il y a chez Prince des albums surprenants, tel The Rainbow Children en 2001 reflétant «sa vision d’une soul et d’un jazz-funk languides, où le Fender Rhodes règne en maître», et toujours des titres brillants à sauver de disques qui le sont moins. Par ailleurs, on découvre un artiste qui entretint des rapports paradoxaux avec les nouvelles technologies. Ainsi, de 2001 à 2006, afin de contourner la distribution officielle et les maisons de disques avec lesquelles il eut de longs conflits. Extraits live, chansons et albums inédits sont ainsi distribués en support physique (CD) ou en digital via le téléchargement. Par la suite, il considéra Internet comme obsolète et retira ses chansons des sites de streaming avant de conclure un accord avec le site Tidal de Jay Z… À propos de la chanson Clouds, extraite de l’album Art Official Age sorti en septembre 2014, Alexis Tain écrit : «Prince pointe du doigt l’urgence permanente de l’époque et stigmatise nos vies réduites désormais à « des scènes où chacun joue sa partition de star ». « La réalité s’estompe », chante-t-il (…) Nous voilà avertis : au virtuel Prince oppose la chair. « Ne jamais sous-estimer le pouvoir d’un baiser dérobé sur la nuque », rappelle-t-il aux fervents zélés de l’Internet.»

Loin de ces mondes virtuels, c’est sur scène que Prince marqua aussi l’époque à travers d’innombrables tournées et des «after parties» d’anthologie, ces concerts improvisés donnés dans des clubs ou des boîtes,  devant quelques dizaines ou centaines de privilégiés, qui firent sa légende. Prince, le cygne noir nous entraîne dans les coulisses de certains d’entre eux, revient sur les innombrables collaborations (Apollonia 6, Sheila E., The Family, Jill Jones, Madhouse, The Time, Lisa Coleman et Wendy Melvoin alias Wendy & Lisa, The Bangles, 3rd Eye Girl… ), exhume des pépites méconnues de sa production pléthorique que l’on n’a pas fini de découvrir. En effet, il existe une œuvre clandestine de celui qui s’illustra aussi bien dans le rock, le funk, la soul, le R&B avec des touches de jazz, de blues, d’électro, de rap ou de folk. Les fans et les passionnés enquêtent, font des listes. Certains estiment à 438 le nombre de chansons enregistrées inédites, d’autres évoquent 2000 titres… L’histoire de Prince continue.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Prince, le cygne noir, La Découverte, 205 p.

Alexis Tain – Prince, le cygne noir : une biographie

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