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Sarkozy, Napoléon, Nabilla et les autres

16 Mai Publié par dans Littérature | Comments

Patrick Besson signe avec Sarkozy à Sainte-Hélène un recueil de nouvelles qui offre d’improbables et drolatiques rencontres.

Ne pas se fier au titre. Sarkozy à Sainte-Hélène n’est pas un roman de politique-fiction ni un exercice de pastiches (comme La Présidentielle paru il y a cinq ans), mais un recueil de nouvelles. Celle qui donne son titre à l’ouvrage met en scène donc la rencontre entre notre ancien président et notre ancien empereur, le premier demandant conseil au second sur le tour à donner à sa carrière politique. D’ailleurs, Patrick Besson nous offre d’autres face-à-face inattendus en faisant voyager ses personnages dans le temps. Voici Julie Gayet et la marquise de Pompadour, Dominique Strauss-Kahn partageant sa cellule avec le marquis de Sade, Charlot accompagné d’une petite syrienne sur les routes balkaniques des migrants, Marine Le Pen dialoguant avec Sophocle…

A travers ces nouvelles, brèves et ciselées, on fait aussi connaissance avec le cheval de Charlotte Casiraghi tandis que Nabilla ne s’en laisse pas compter sur le divan de Lacan. Un autre psychanalyste reçoit la visite d’un écrivain facétieux qui s’invente des vies imaginaires et qui s’amuse aussi à tromper son prêtre avec de fausses confessions. PPDA convoque ses quatre nègres (un essayiste, une romancière, un dramaturge et une poétesse) pour leur annoncer qu’il cesse d’écrire.

Revoilà Nimier

On rit, on sourit. Le trait est souvent cruel (Enterrement d’une vie de garce), mais une douceur mêlée de mélancolie s’invite, par exemple en retrouvant le pays de l’enfance quand deux gamins entreprennent de creuser un tunnel pour la Chine. Les dialogues crépitent, le mauvais esprit fait rage («Je suis milliardaire, fils de milliardaire, et mon plus grand plaisir dans ma vie de milliardaire est d’humilier les pauvres. J’ai de la chance, il y en a plein.»), la fantaisie prend le pouvoir.

Sarkozy à Sainte-Hélène regorge de petits bijoux, de nouvelles faussement désinvoltes qui visent en plein centre. Notre préférée ? La dernière tentation de Nimier. Besson imagine que l’auteur du Hussard bleu ne serait pas mort à bord de son Aston Martin conduite par la romancière Sunsiaré de Larcône («Elle était blonde, elle était belle, elle était bête. Elle était la mort.») le 28 septembre 1962. Il achète une 4 CV, arrête de boire, devient un humaniste, écrit une trentaine de romans entre 1962 et 1999, obtient le prix Goncourt en 1972 et le Nobel de littérature en 1995. Et la suite ? On vous la laisse découvrir. La chute tient en un seul mot et elle est à l’image du recueil : renversante, brillante, doucement narquoise.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Sarkozy à Sainte-Hélène, Gallimard, 144 p.

© C. Hélie / Gallimard

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