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La Cinémathèque

14 Mai Publié par dans Cinéma, Patrimoine | Commentaires

Retour sur des lieux emblématiques de la ville et de sa mémoire.

Et si la Cinémathèque quittait le centre-ville pour rejoindre le nouveau quartier de La Cartoucherie dans le cadre d’un complexe plus vaste dédié au cinéma ? C’est l’une des options offertes à l’institution à moins qu’elle ne demeure rue du Taur où elle se contenterait d’un agrandissement. La décision doit être annoncée en 2017, mais Toulouse sans sa Cinémathèque au cœur de la Cité perdrait de son charme.

Pour nombre de Toulousains, en particulier les moins jeunes, la Cinémathèque a longtemps habité au 3 rue Roquelaine, plus précisément dans la salle Montaigne du Centre Régional de Documentation Pédagogique (CRDP) où avaient lieu les projections. Dans cet austère bâtiment à l’allure soviétique, beaucoup ont forgé une part de leur culture cinéphilique en ayant le bonheur de découvrir sur grand écran les films de Tati, Kubrick, Guitry, Lubitsch, Visconti, Welles, Keaton et de tant d’autres. Avec le Rex, avenue Honoré Serres, et l’ABC, rue Saint-Bernard, la vénérable Cinémathèque constituait une sorte de triangle des Bermudes où les amoureux du septième art aimaient disparaître et avoir l’illusion de vivre leur vie au rythme de 24 images par seconde.

Dans le paysage de la cinéphilie hexagonale et même mondiale, la Cinémathèque de Toulouse, créée officiellement en février 1964, n’a pas compté pour rien. Les lecteurs curieux se reporteront aux travaux des historiens, mais on peut ici saluer son fondateur, Raymond Borde (1920-2004), dont il faut aujourd’hui encore lire le classique coécrit avec Étienne Chaumeton, Panorama du film noir américain : 1941-1953, ou le pamphlet anarchisant aux inspirations surréalistes, L’Extricable, paru en 1963 chez Éric Losfeld. N’oublions pas Guy-Claude Rochemont et Pierre Cadars, compagnons de la première heure de Borde, ou Jean-Paul Gorce parmi cette bande de passionnés pour lesquels le cinéma était aussi – et d’abord – affaire de conservation et de transmission.

Dans la salle Montaigne, on pouvait fumer durant les projections – les taches noires sur le linoléum en attestaient. Des petits nuages bleus s’élevaient alors devant l’écran, mais les spectateurs ne cédaient à la tentation tabagique que lorsque la salle n’était pas remplie et qu’ils n’avaient pas de voisins proches. L’anecdote pourrait donner le sentiment que nous nous écartons du sujet. Elle donne toutefois une idée du savoir-vivre et de la décence ordinaire existant avant l’époque des interdictions comminatoires. Elle reflète une certaine idée de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas – les films de Capra ou de Ford, pour ne citer qu’eux, ne nous disent pas autre chose.

En 1997, la Cinémathèque a déménagé au 69 rue du Taur. Honnêtement, on y a gagné. En confort, en services, en à peu près tout. L’endroit est beau, agréable, fonctionnel, propice aux rencontres avec les artistes et aux expositions, riche en programmations et en cycles permettant de découvrir des classiques comme des curiosités – fidèles en cela à l’esprit de Raymond Borde. Cependant, pour ceux qui ont aimé le cinéma rue Roquelaine, la «vraie» Cinémathèque se trouve encore là-bas.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

© JJ. Ader / La Cinémathèque de Toulouse


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