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Xavier Patier, l’homme à cheval

14 Avr Publié par dans Littérature | Commentaires

L’écrivain signe un traité sur le cheval de chasse qui célèbre aussi une certaine idée de la France.

Romancier talentueux (Reste avec moi, La Foire aux célibataires, Chaux vive…), Xavier Patier est aussi l’auteur d’essais aussi singuliers que brillants comme Horace à la campagne, Le Château absolu (en l’occurrence Chambord dont il fut administrateur) ou Blaise Pascal : la nuit de l’extase. Dans ces textes, l’écrivain ne se laisse jamais emprisonner par son «sujet». Il vagabonde, goûte aux bonheurs de la digression, offre au lecteur des échappées belles. Sept leçons sur le cheval de chasse s’inscrit dans cette veine. Bien sûr, Patier ne fait pas un refus d’obstacle et la vènerie – «ce sport total né de l’accord entre trois créatures qui mettent en commun ce que chacune a de meilleur : un carnivore offre son nez, un herbivore propose ses jambes, un être humain apporte sa tête, cette triple alliance se donnant pour objet de combattre à la loyale, en terrain ouvert, un gibier libre, rapide et rusé.» – est ici célébrée d’une façon qui plaira autant aux passionnés qu’aux béotiens avec ses détours par l’histoire ou la littérature.

De l’avenir plein les poches

«Devenir veneur est comme faire pousser un arbre : on ne peut pas aller plus vite que la nature. Ou comme apprendre une langue étrangère : quoi qu’en disent les méthodes racoleuses, il y a des efforts qui ne se contournent pas. C’est pourquoi la vènerie est difficile à comprendre pour beaucoup de nos contemporains : elle est à l’exact opposé de ce monde virtuel qui nous est proposé partout. Elle exige une patience, une fidélité, une constance à rebours de toutes les valeurs du moment. Un cheval au repos, une meute au chenil, ce ne sont pas des jeux vidéo débranchés : ils continuent de vivre et d’avoir besoin de nous. Et donc la vènerie offre en contrepartie de contraintes réelles des joies réelles que le plaisir immédiat ne procure jamais», écrit Xavier Patier peu soucieux de se plier aux grégarisme de l’époque.

Ce traité est aussi une évocation érudite et charnelle de la France qui fait de nous «les héritiers d’une civilisation victorieuse forgée par des soldats, des moines et des paysans.» Est-ce encore vrai ? Peut-être pas. Mais l’on peut encore faire semblant d’y croire, le temps d’une chasse ou d’une cavalcade, en se souvenant avec l’écrivain d’un âge où tout semblait possible : «souvent, une image me saisit à l’improviste, rappel de ce temps heureux où nous galopions avec de l’avenir plein les poches, larges d’épaule et avides d’être reconnus, dans des territoires bariolés de couleurs éclatantes et peuplés d’amis délicieux qui, pour beaucoup, l’un après l’autre, se sont tus. Ce sont des souvenirs d’une douceur douloureuse : il m’a fallu quarante ans pour savoir que le bonheur sur la terre existait bel et bien, mais toujours au passé. Même les paysages ont changé. J’ai vu se mouvoir les contrées. J’ai assez vécu pour voir des plaines devenir des forêts et des forêts devenir des lotissements. L’image qui me tient est souvent celle d’une de nos chasses d’autrefois qui serait perdue pour toujours si je n’en parlais ici, et qui de toute façon sera bientôt oubliée.»

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Sept leçons sur le cheval de chasse, éditions du Cerf 176 p.

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