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Chevalier errant

13 Avr Publié par dans Danse | Commentaires

Pour le Ballet du Capitole, Kader Belarbi revisite « Don Quichotte » sur la musique de Ludwig Minkus, avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse dirigé par Koen Kessels, au Théâtre du Capitole.

Après « le Corsaire », puis « Giselle » chorégraphié la saison dernière, Kader Belarbi revisite aujourd’hui pour le Ballet du Capitole cet autre célèbre ballet qu’est « Don Quichotte ». Créé au Bolchoï en 1869, sur une chorégraphie de Marius Petipa, il s’inspire de l’œuvre de Cervantès et narre les amours contrariées de la belle Kitri et du barbier Basile. Koen Kessels dirigera au Théâtre du Capitole cette partition de Ludwig Minkus. Kader Belarbi explique : «Je m’attache à l’un des fondamentaux d’un Ballet qui est de travailler d’après une tradition avec des reprises. Il s’agit d’un patrimoine mais c’est aussi impulser le renouvellement d’un répertoire avec une “véritable réinterprétation” de grands ballets en présence des danseurs d’aujourd’hui. Je pense qu’il est essentiel d’être respectueux de l’usage du vocabulaire classique tout en permettant une ouverture d’esprit. C’est pour moi une liberté à s’offrir pour faire évoluer le langage et donner une nouvelle interprétation en nuançant ou en transformant ce qui existe. C’est ainsi qu’à la fin d’une création, le ballet appartient non plus au chorégraphe mais aux danseurs qui le font vivre.»

Selon le chorégraphe, «les versions du ballet présentent presque toujours le personnage de Don Quichotte de manière amoindrie. Je ne souhaitais pas qu’il reste planté de côté sur la scène alors qu’il est le protagoniste de ces aventures avec son comparse Sancho Pança. Il s’agissait donc d’inscrire un fil conducteur avec les deux personnages que sont le chevalier errant et l’écuyer poltron. Tout au long du ballet, Kitri demeure pour Don Quichotte une vision fantasmée de Dulcinée. Pour clarifier l’intrigue, j’ai abandonné le personnage du grotesque “dandy” Gamache (il y a du Gamache dans Don Quichotte) et celui d’Espada, car c’est de Basilio que je fais un torero. Rares sont les ballets où l’on comprenait que Basilio était un barbier, d’autant plus qu’il est souvent vêtu d’un pourpoint de torero.»

Directeur de la danse du Théâtre du Capitole, Kader Belarbi poursuit : «Dans ma version, il devient aux yeux de Kitri le plus beau torero du monde et prend tout son sens. Ce resserrement des personnages rend plus consistants Don Quichotte et Basilio. J’ai aussi renforcé les rôles de Mercedes et d’Esteban, le couple de gitans, amis de Kitri et de Basilio. J’ai ajouté de nouvelles compositions et transcriptions du seul compositeur Ludwig Minkus. Je me suis amusé à réagencer des séquences pour être le plus cohérent dans le déroulé musical du livret. À l’acte, j’ai imaginé un marais. De belles naïades apparaissent avec leur reine et correspondent au corps de ballet féminin, toujours souhaitable comme parenthèse blanche et symbole des ballerines sur pointes.»

Les représentations de « Don Quichotte » seront l’occasion pour Maria Gutiérrez (photo) de faire ses adieux à la scène du Théâtre du Capitole et au public toulousain très attaché à cette magnifique interprète. Après avoir débuté la danse dans sa ville natale de Torrelavega, en Espagne, Maria Gutiérrez a intégré en 2001 le Ballet du Capitole dont elle est très vite devenue Première soliste. Elle a dansé dans les nombreux ballets du répertoire de la compagnie toulousaine, livrant dernièrement une performance saisissante dans « la Reine morte », de Kader Belarbi. Kitri fut son premier grand rôle à Toulouse, et c’est avec ce rôle qu’elle a choisi de quitter cette scène les 21 et 23 avril.

Dans un entretien publié par le Théâtre du Capitole, la danseuse confie : «Je viens d’avoir quarante ans et je pense qu’il est temps de passer à autre chose. Il vaut toujours mieux partir lorsqu’on est encore au sommet de son art, en pleine forme. La programmation de « Don Quichotte » cette saison tombait bien, en quelque sorte. C’est le premier ballet d’une soirée, dans la version de Nanette Glushak, que j’ai dansé du début à la fin, sur trois actes, avec tout qui s’enchaîne à la vitesse grand V, car Kitri est de tous les actes et de toutes les scènes. C’est un rôle où la danseuse n’a aucun répit entre les variations, les difficultés techniques, les fouettés… Kitri est un rôle que j’affectionne tout particulièrement car c’est moi, tout simplement. Ce n’est pas Giselle qui demande d’être une autre, d’entrer dans un rôle, de travailler la psychologie du personnage, l’interprétation… Aussi, je trouvais bien de finir sur le rôle de Kitri qui m’a vu débuter et qui m’a fait grandir. C’est un rôle qui m’a donné de l’assurance, de la confiance, qui m’a fait croire en moi, qui m’a permis de comprendre que je pouvais danser, tenir la scène dans un rôle présent sur trois actes», assure Maria Gutiérrez.

Jérôme Gac
une chronique du mensuel Intramuros


Du 20 au 25 avril,
au Théâtre du Capitole
,
place du Capitole, Toulouse.
Tél. : 05 61 63 13 13.

Rencontre avec K. Belarbi,
mardi 18 avril à 18h00,
au Théâtre du Capitole.

Maria Gutiérrez en 2006
© David Herrero

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