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Le retour

11 Avr Publié par dans Cinéma | Commentaires

La Cinémathèque de Toulouse projette quinze films du cinéaste polonais Jerzy Skolimowski, à l’occasion de la sortie en France de « 11 minutes ».

Formé à l’École nationale de cinéma de Lodz, Jerzy Skolimowski s’affirme rapidement comme l’un des fers de lance de la Nouvelle Vague polonaise, avec notamment Roman Polanski, signant ainsi en 1962 le scénario du « Couteau dans l’eau », premier long métrage de celui-ci. Acteur occasionnel, boxeur amateur ou encore batteur de jazz, ses trois premiers films (« Signe particulier: néant », « Walkover », « La Barrière ») forment une trilogie dont le héros est un jeune homme en colère qui ne trouve pas sa place dans la société. La signature cinématographique de Jerzy Skolimowski témoigne d’un engagement physique et d’une pulsion vitale qui irriguent une mise en scène très personnelle, aux envolées surréalistes, et un montage syncopé.

En 1967, il filme Jean-Pierre Léaud dans « le Départ » (photo) – tourné en Belgique en moins d’un mois – qui reçoit l’Ours d’or au festival de Berlin et lui apporte une reconnaissance internationale. La même année, la censure polonaise interdit de sortie son film antistalinien « Haut les mains », qui ne sera distribué qu’en 1981 en Pologne. Il s’exile alors en Grande-Bretagne, où il réalise le magnifique « Deep End ». «Mes films ne sont pas issus de projets conceptuels compliqués, c’est beaucoup plus simple. Je filme ce que je vois, ce que je ressens. « Deep End » est peut-être marqué par le regard d’un étranger sur l’Angleterre. Un stand de hot dogs me fascinait parce que ça n’existait pas en Pologne, alors que les Anglais ne le remarquaient même plus», constate Jerzy Skolimowski.(1)

Après « le Cri du sorcier » (1978), « Travail au noir » (1982) ou « le Bateau phare » (1985), il adapte en 1991 « Ferdydurke », de Witold Gombrowicz, un des romans majeurs de la littérature polonaise. Jerzy Skolimowski racontera plus tard : «Mon dernier film, il y a dix-sept ans, « Ferdydurke », était plutôt médiocre. Je n’aurais pas dû tenter de porter à l’écran le roman de Gombrowicz, qui est inadaptable, et en plus je l’ai fait en anglais. Cela m’a conduit à la décision de faire une pause, sans prévoir qu’elle allait durer dix-sept ans. Je me suis réfugié dans la peinture. J’ai peint tout au long de ma vie, mais avant je n’avais pas le temps. Là, je me suis mis à peindre vraiment, avec un certain succès. J’ai eu plusieurs expositions, aux États-Unis et en Europe. J’ai vendu mes toiles, y compris à Jack Nicholson et à Dennis Hopper. Il faut dire aussi que je vis à Malibu, que le temps y va à un autre rythme qu’en Europe, et que cela a été des vacances prolongées.»(2)

Revenu se ressourcer en Pologne, il retrouve une vigueur fulgurante en signant « Quatre nuits avec Anna » en 2008, puis « Essential Killing » avec Vincent Gallo en taliban (2010). La Cinémathèque de Toulouse saisit l’occasion de la sortie française de son film « 11 minutes » pour lui consacrer une rétrospective de quinze films, puisés dans une filmographie riche de dix-sept longs métrages réalisés à ce jour.

Jérôme Gac
une chronique du mensuel Intramuros

(1) Les Inrocks (7/04/2011)
(2) L’Humanité (8/11/2008)

Rétrospective, du 11 avril au 4 mai.
Rencontre avec J. Skolimowski, mercredi 19 avril, 19h00.
La Cinémathèque de Toulouse,
69, rue du Taur, Toulouse.
Tél. : 05 62 30 30 11.

 

« 11 minutes », dans les salles le 19 avril.

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