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Brundibár : contre la dictature de la médiocrité

02 Avr Publié par dans Opéra | Commentaires

Des pyjamas rayés au pas. Départs et arrêts impeccables sous l’autorité d’un pardessus sombre, de bottes lugubres. Un rythme effroyable amplifié par les planches. Les pyjamas s’écroulent, insoutenable vision de l’innommable. Mais un autre rythme naît, grossit, devient vacarme, percussion de petits doigts qui vont entrer en résistance.

© Pascal Pavani

Portant orgue déglingué, enchevêtrement de barbarie, masque à gaz masque de mort, Brundibár est à la fois homme et machine, homme et système. Son chant, sa musique implacable, écrasent toute autre voix, toute autre voie. Mais les rêves d’enfants sont plus forts que l’horreur.

« Ça n’a pas été facile » est le leitmotiv. Et pourtant voilà sur scène une cinquantaine d’enfants sans expérience artistique préalable qui chantent, interprètent, écoutent et s’écoutent. Suscitent une véritable émotion.

Max Henry a soigné le moindre de détail de mise en scène, le moindre déplacement, la moindre interaction. Même si l’on perçoit chez celui-ci ou celui-là, peut-être plus remuant que les autres, une grande envie de faire l’intéressant et de sortir du cadre, chaque écolier, chaque collégien est pleinement impliqué, professionnel. La poursuite cinématographique, la scène onirique, sont de grandes réussites.

Sous la houlette de Habiba Yassine Diab et à partir du fonds du théâtre du Capitole (ne reconnaît-on pas les pyjamas d’Un Bal masqué ?), les élèves du Lycée Gabriel-Péri ont imaginé et réalisé costumes, masques et coiffures alliant esthétique et fantastique. Travail de l’ombre, anonyme, travail remarquable.

© Dépêche du Midi

Les trois gendarmes, raides comme il se doit dans leur uniforme aux épaulettes barbelées, font un impeccable trio. Les enfants et jeunes adultes de la maîtrise du Capitole, admirablement préparés par Alfonso Caiani, se fondent dans le groupe avec une élégante discrétion. On remarque le laitier truculent de Mélody Cohen, le chat et le chien facétieux et bien chantants d’Alice Ferchaud et de Diane Peyrusse, l’oiseau gracieux d’Éva Boutry. Le déjà fort beau baryton du jeune Timothé Bougon donne son inquiétante autorité à Brundibár.

L’orchestre des élèves du Conservatoire, et son accordéon nostalgique, complète magnifiquement la distribution.

On ne peut que saluer l’engagement, la persévérance, l’énergie de Christophe Larrieu, directeur musical, de Valérie Mazarguil, coordinatrice du projet, et de l’ensemble de l’équipe pédagogique. On imagine aussi ce qu’ont pu être angoisses et découragements. Pour ces écoliers et collégiens, l’enfance n’est pas finie, mais certainement transformée, désormais riche de la rigueur artistique, arme essentielle contre la médiocrité.

Photos © Pascal Pavani, Dépêche du Midi, Valérie Mazarguil

Théâtre Jules-Julien, 29 mars 2017

Une chronique de Una Furtiva Lagrima.

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