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Un thé à la menthe au salon du livre

27 Mar Publié par dans Littérature | Commentaires

C’est peut-être sa 37e édition, mais pour moi, c’est ma première fois. Et malgré ma carrure, il me fait peur, lui, avec toute son expérience, ses 3 000 auteurs, ses 670 éditeurs, ses 150 000 visiteurs annoncés…  

Ce soir a lieu l’inauguration. En entrant dans le pavillon où des milliards de mots attendent de résonner dans les cœurs ou les cerveaux, j’ai l’impression que ce salon va me mettre KO, m’écrabouiller sous ses tonnes imprimées, sans faire la moindre tâche à son tapis déjà rouge écarlate. Les stands sont bondés, tout le monde semble occupé. Qui vais-je intéresser ? J’ai presque envie de me planquer, là, derrière cet escalier, ou de plier mon grand corps en quatre sous une table à dédicace. Je voudrais m’enfuir, retourner dans ma grotte, et continuer à écrire. Mais mon bouquin est terminé, j’ai déjà tout essayé, enlevé, ajouté, élagué, taillé, comblé, étoffé. Un artiste ­- suis-je un artiste ? – est-il jamais satisfait ? Je m’en tiens à une version équilibrée. J’ai rempli suffisamment de cendriers en corrigeant ma énième version papier, je me lance.

Je suis à vendre, mais je fais mon marché.

Soirée inauguration. 23 mars 2017

Qui me ressemble ? Je cherche ma maison, mes parents d’adoption. Sophie Tal Men pour petite sœur ? Philippe Delerm pour grand frère ? Je fantasme ma famille idéale. Chacun aurait sa place. Un directeur littéraire tiendrait ma main qui parfois doute, un spécialiste du marketing nous habillerait – mon bouquin et moi –, et pour que nous soyons visibles, un attaché de presse nous ferait la courte échelle, à moins qu’il ne me faille me résoudre à l’autoédition à la façon d’Agnès Martin-Lugand, avant d’être accueilli par une vraie maison d’édition où j’imagine qu’il fera bon.

Je m’encourage. Je sais que l’on ne m’attend pas. Sur les stands, on est d’abord ici pour vendre. Ce n’est donc pas le bon moment. Mais il n’y a jamais de bon moment quand l’offre dépasse à ce point-là la demande! « Vous savez, Monsieur, on reçoit 5 000 manuscrits par an, et parmi eux on en sortira seulement un ou deux… Le marché du livre est saturé, trop de livres sont édités ».

Reste concentré.

Devant moi, trois jours de découvertes, d’étonnement, parfois d’épuisement, et de contacts à prendre. Devant moi, des expos, des conférences, des ateliers, des débats, des rencontres, des flâneries littéraires. Au pire, j’ai de quoi faire.

Le Maroc est le pays invité d’honneur.

Sous la tente berbère, je fais une halte pour un thé à la menthe. Une pause qui me rappellera le souvenir lointain de mes dernières vacances. Sur la banquette opposée, une femme s’assied. Elle mange une corne de gazelle et a du sucre glace plein les doigts. Je lui tends une serviette en papier, j’ajoute quelques mots emballés et après quelques phrases échangées, je comprends que c’est la rencontre que j’espérais.

Je lui adresserai mon manuscrit, mon téléphone sonnera, et l’année prochaine, on me tendra un livre qui sera rempli des mots que j’ai choisis, dans l’ordre où je les ai mis.  

Stephane S.Ky.

Salon du Livre de Paris

photos © William Alix

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