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Toulouse, d’hier à aujourd’hui (22)

25 Mar Publié par dans Opinions | Commentaires

Réflexions futiles, choses vues et souvenirs inspirés par la ville et ceux que l’on y croise.

Dans Costa Brava, le nouveau roman d’Eric Neuhoff, de vieux exemplaires de La Dépêche du Midi servent à allumer le feu du barbecue. Il faudrait relire Les Hanches de Laetitia (prix Nimier 1987) dont l’action se déroule à Toulouse au milieu des années 70.

Deux ou trois fois l’an, Le Point (ainsi que d’autres hebdomadaires nationaux comme L’Express ou Le Figaro Magazine) consacre sa Une et des pages intérieures à Toulouse. En fait, la Une « toulousaine » du magazine (de même que le dossier toulousain) n’est diffusée que dans la région et le procédé – si tant est qu’il fonctionne encore auprès du lecteur local – vise à flatter le « provincial » en lui faisant croire qu’un média national s’intéresse à sa ville. Ces Unes, largement interchangeables, titrent en général sur l’immobilier, « les personnalités qui font Toulouse », « les réseaux influents » et autres clichés baptisés « marronniers » dans le monde de la presse.

Pour son édition du 9 mars 2017, Le Point annonçait : « Pourquoi ils débarquent tous à Toulouse ». « Ils » désignant : « Hyperloop, start-up, chercheurs, makers, artistes… » Trois mots anglo-saxons sur cinq : je ne voudrais pas paraître trop étroitement attaché à la langue française, mais cela fait tout de même beaucoup pour évoquer notre bonne vieille ville. Heureusement, une autre accroche de Une m’était plus familière : « Spécial immobilier. Un rebond historique ». Ouf, nous voilà en terrain connu. En parcourant les quarante pages consacrées donc à Toulouse, j’ai appris ce qu’était « Hyperloop » (un projet de train supersonique). Lisant que ce train supersonique « se déplacera dans un tube à 1000 kilomètres/heure », j’ai eu la vague impression d’être pris pour un idiot. À moins que l’Hyperloop ne carbure au mythique Gibolin.

Grâce au Point, j’ai également fait connaissance avec l’IoT Valley, Delair-Tech, Sigfox, Adveez, Evotec ou Mobility Urban. Une belle leçon de modestie. Le gros nigaud que je suis croyait connaître un peu la ville où il vit depuis quarante ans, il a découvert des signes et une langue qui lui sont plus étrangers encore que l’Occitan. Finalement, je me demande si je ne préfère pas les sempiternels clichés avec lesquels la presse nationale évoque d’habitude Toulouse : « L’Espagne qui pousse un peu sa corne » et « les mémés qui aiment la castagne », l’opéra, l’aéronautique, la violette, le Stade Toulousain…

Après cela, j’ai réécouté L’Accent tué, l’une de mes chansons préférées de Zebda : « J’étais là au centre ville / Quand je me suis aperçu / Que j’étais plus dans la ville / Que j’aimais, ça m’a déplu / En écoutant tous les passants / Je me suis senti tout nu / Ils avaient aucun accent / En tout cas rien de connu / Jusqu’en bord de Garonne / C’était comme un grand absent / Oh le méchant coup de gomme / Je me suis dit en passant ». Sur ce même album, Comme des Cherokees, il y a aussi la formidable chanson Essai qui – si la vie était bien faite – devrait retentir lors de l’entrée des joueurs rouge et noir sur la pelouse à chaque match à Ernest-Wallon.

Selon la presse, le Stade Toulousain – outre ses contre-performances sportives – connaît des difficultés financières. Pourquoi ne pas procéder à une fusion Stade Toulousain / Toulouse Football Club comme cela a été récemment envisagé pour le Racing et le Stade Français ? Des économies d’échelle ne seraient pas négligeables.

Je suis content quand le TFC gagne, mais je dois avouer que je le suis aussi quand le PSG perd. M. Dupraz, le très médiatique entraîneur des Violets, n’a pas aimé que des Français se soient réjouis de la récente élimination du club parisien, propriété du Qatar, face au FC Barcelone lors d’un match qui restera dans la légende du football. M. Dupraz y a vu la preuve que la France était « vraiment un pays de merde ». Mouais… Ça se discute. Enfin, il pourra toujours aller entraîner un club au Qatar (il y sera très bien payé) quand il sera lassé de notre pays de merde où la liberté d’expression – et c’est heureux – est même octroyée aux imbéciles. Pour ma part, je n’oublie pas que le Qatar n’a pas seulement financé, ces dernières années, des millionnaires en crampons. Par ailleurs, le TFC fête ses 80 ans d’existence, célébration dont l’un des points culminants sera la réception de l’OM le dimanche 9 avril. Le club ayant été fondé en 1970, il y a quelque chose qui m’échappe dans cet anniversaire. L’explication doit être une forme d’Hyperloop temporel.

Christian Authier


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