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Georges Mailhos, l’héritage d’un homme de culture

10 Mar Publié par dans Littérature | Comments

Un ouvrage rassemble des études et des souvenirs intimes de celui qui fut longtemps le président de l’université du Mirail.

Si l’érudition et les curiosités d’un homme de culture constituent la matière première de l’ouvrage posthume, Et ainsi de suite…, de Georges Mailhos (1932-2016), le livre dresse aussi «le portrait d’un homme qui, dans ses choix littéraires comme dans ses engagements personnels, s’est toujours montré ennemi de tout sectarisme», comme l’écrit Pierre Cadars dans sa préface. Normalien, agrégé de lettres classiques, enseignant au Mirail avant de devenir président de l’université de 1980 à 1986, puis de 1991 à 1996, élu à l’Académie des jeux floraux en 2001 dont il devint secrétaire perpétuel en 2009, Georges Mailhos travailla à ce volume d’abord pour les siens, comme en témoignent les dernières pages, «Éclats du souvenir», dans lesquelles il réfléchit sur la mémoire et rassemble les «fragments d’une histoire» de sa famille.

La variété des auteurs évoqués (Proust, Char, Cabanis, Saint-Simon, Mauriac, Nietzsche, Montesquieu, Pierre Loti, Claude Simon…) dans des textes critiques montre l’éventail des curiosités de l’universitaire qui livre également des études transversales mêlant histoire, histoire de l’art, philosophie et littérature comme «De la construction de l’universel» ou «Esthétique et idéologie au XVIIIe siècle». Attaché au devoir «au-delà de toutes les apparentes séductions du changement et de la nouveauté, de maintenir et d’assumer», Georges Mailhos fait œuvre de passeur.

La dimension intimiste est ici la plus touchante et elle nous rappelle que «les morts sont là où ils ont vécu». Se plongeant dans des albums de famille, des photographies jaunies et des carnets, Georges Mailhos signe des pages dignes de José Cabanis : «Ces noms, ces prénoms, qu’on découvre, les enfants de nos enfants leur prêteront vie, s’ils lisent ces mémoires que j’ai rédigés à cette fin, car je sais d’expérience que les livres qu’on a feuilletés ou lus dans la jeunesse ne s’oublient jamais et persistent, sous-jacents au temps, attendant d’être revisités. Tous ces visages, que le temps a peu à peu ternis, se sont à présent effacés ; ils laissent derrière eux des signes de ce qu’ils ont été, ou à tout le moins de ce qu’ils ont fait, dans la constance des jours et des heures. Ces gens qui ont tant parlé, les voici donc silencieux et parfaitement en accord avec la retenue du monde ; leur disparition, loin d’interrompre le commerce avec les choses, y établit une plus subtile continuité. Ils nous entourent. À nous de les retrouver et ainsi de la faire revivre. À nous d’effacer la buée sur les miroirs pour revoir leurs visages. À nous d’écouter la longue suite des générations qui battent en nous. À nous de remettre nos pas dans leurs pas. À nous de reconnaître sur le seuil de pierre usé la trace qu’ont laissée les parcours d’habitude.»

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Et ainsi de suite…, suivi d’Éclats de souvenirs, éditions Privat, 359 p.

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