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La Pucelle d’Orléans, un opéra d’une absolue rareté, en dehors de Russie. En version concert, à la Halle.

07 Mar Publié par dans Musique classique, Opéra | Comments

Le cycle Grands Interprètes a choisi de nous faire découvrir, de la meilleure manière possible, un opéra que l’on qualifiera de rarity sur une scène lyrique française, La Pucelle d’Orléans. L’ouvrage est dirigé par Tugan Sokhiev, et tout le plateau vient du Bolchoï, Orchestre, Chœur et solistes, du Théâtre moscovite que le chef toulousain a en charge en tant que directeur musical. Il a d’ailleurs fait depuis sa nomination, une ouverture de saison avec cet ouvrage.

L’événement, c’est à la Halle, le 15 mars à 20h. Des dix opéras qu’écrivit Piotr-Illyitch Tchaïkovski, neuf subsistent et deux seulement sont passés à la postérité, de façon unanime : Eugène Onéguine et La Dame de pique. Ce sont deux véritables livres ouverts sur les déchirements du for intérieur de leur illustre compositeur, sur ses sentiments exacerbés, sur ceux vécus et plus encore ceux enfouis, avec tous ces tiraillements contraires, deux livres ouverts dans lesquels s’exprime toute la nostalgie de tant de regrets. 

Pucelle

A l’égard de ses propres possibilités dans le domaine de l’opéra, le compositeur écrira : « Il me semble que je possède réellement l’aptitude d’exprimer en musique, avec véracité, simplicité et sincérité, les sentiments et les états d’âme suggérés par un texte. En ce sens, je suis un réaliste, et un Russe par excellence. {…} Un mélomane sensible juge cela avec beaucoup plus de justesse que les musiciens professionnels. Toute la presse russe a longtemps nié en moi un compositeur vocal, et s’obstinait à croire que je ne pouvais aller plus loin que la symphonie. »

Tugan Sokhiev

Tugan Sokhiev

La Pucelle d’Orléans (Orleanskaya Dyeva, 1881) succède à Eugène Onéguine. C’est un des rares opéras du compositeur ayant pour livret un sujet non russe, l’autre étant Yolanta, donné sur la scène de la Halle dans la saison, hors les murs, 2009-2010. Il nous plonge dans la France du XVe siècle, une France encore bien précaire, qui a même était passagèrement vendue aux Anglais ! Prise entre la violence et la terreur du peuple devant ces forces déchaînées anglaises, et la douceur résignée d’une bergère, Jeanne d’Arc est en route vers son destin, destin qui va la conduire tout au long de ses sept ans d’activité jusqu’à la saisissante scène finale du bûcher, soutenue par les anges, tandis que la musique décrit l’horreur des flammes et ses cris de souffrance humaine. Jeanne meurt, brûlée vive, comme une sorcière, et n’aura pas vécue vingt ans.

Mais, entre Tchaïkovski et Jeanne d’Arc, c’est une “vieille“ histoire d’amour qui remonte finalement à l’enfance. Tout jeune, l’histoire de cette bergère l’avait quelque peu fasciné et ému. Il envisageait même un temps d’en écrire la biographie.

Anna Smirnova

Anna Smirnova

Jeanne d’Arc : Anna Smirnova mezzo-soprano

Le roi Charles VII : Oleg Dolgov ténor

Raymond (le fiancé de Jeanne) : Bogdan Volkov ténor

Agnès Sorel (favorite de Charles VII) : Anna Nechaeva soprano

Jean Dunois (compagnon d’armes de Jeanne d’Arc) : Andrey Gonyukov basse

L’Archevêque de Reims : Stanislav Trofimov baryton

Thibaut d’Arc (le père de Jeanne) : Petr Migunov basse

Lionel (chevalier bourguignon) : Igor Golovatenko baryton

Bertrand (un paysan) : Nikolai Kazansky basse

Le soldat : Andrey Kimach basse

L’Ange : Marta Danyusevich soprano

Orchestre et Chœur du Théâtre Bolchoï de Russie / Tugan Sokhiev

Tchaikovski

Piotr-Illyitch Tchaïkovski

Dû en grande partie à – on peut dire, hélas – Tchaïkovski, et donné dans une versification laborieuse, le livret de l’opéra, est dans une large mesure inspiré de la pièce de Schiller, Die Jungfrau von Orléans. Mais, à la différence du poète allemand qui avait choisi de faire mourir Jeanne non sur le bûcher mais sur un champ de bataille, Tchaïkovski revient, dans le dernier tableau de son opéra, à la tragique réalité historique. Lorsqu’on connaît son aptitude à s’identifier au sort de ses personnages, on comprend que la composition de cette scène ait été pour lui-même un profond bouleversement. Sur la question de savoir comment il faut écrire des opéras, ne dit-il pas : « Je me suis toujours efforcé d’exprimer en musique avec un maximum de sincérité et d’authenticité le contenu du texte. Ces deux qualités ne sont pas le résultat de spéculation intellectuelle mais le produit spontané d’un sentiment intérieur. Afin que ce sentiment puisse avoir vie et chaleur, je me suis toujours efforcé de choisir des sujets capables de faire naître cette chaleur en moi. Cela ne peut se faire qu’avec des sujets dans lesquels apparaissent des humains comme moi, qui vivent et ressentent tout comme moi. »

Introduction orchestrale

Acte I – Dans le village de Domrémy. Une chapelle avec la statue de la Vierge

Chœur des jeunes filles : « Tant que dans le ciel la lueur du jour ne s’est pas éteinte »

Scène et trio (Raymond, Jeanne, Thibaut d’Arc)

Scène : « Réponds-moi, Jeanne » (Thibaut, Raymond)

Chœur du peuple : « Il est mort »

Scène : « Ô mes frères et mes amis, essuyez vos larmes » (Jeanne, Thibaut)

Hymne : « Roi céleste, tu es notre protecteur » (chœur)

Air de Jeanne : « Adieu, mes forêts et mes champs bien aimés »

Finale : Jeanne, le chœur des anges

Créée au Théâtre Marïnski de Saint-Pétersbourg le 13 février 1881, La Pucelle d’Orléans, donné en quatre actes, obtint un beau succès auprès du public, mais fut mal accueillie par la presse. Pendant longtemps il fut de bon ton de dénigrer cet ouvrage, qui reste dans le sillage du grand opéra français et des opéras semi-historiques de Verdi (lui-même auteur d’une Giovanna d’Arco qui n’a pas fait l’unanimité), culminant sur de grandes scènes de masse orchestrées avec éclat, comme celle du couronnement de Charles VII dans la cathédrale de Reims, au 2ème tableau du 3ème acte.

Mais La Pucelle d’Orléans permet aussi de mesurer l’étendue des moyens expressifs d’un Tchaïkovski, aussi magistral dans les effets spectaculaires que dans les portraits psychologiques qu’il dresse. Au fil des tableaux, on voit se dessiner les visages, de Jeanne, la bergère de Donrémy devenue chef d’armée à l’appel des anges, celui de son redoutable père Thibaut d’Arc qui sera l’instrument de la tragédie finale, du pâle roi Charles VII, ainsi que les nobles figures d’Agnès Sorel, la maîtresse du roi et du Chevalier Dunois, son bâtard de frère et enfin de Lionel, l’adversaire amoureux de Jeanne, ce bourguignon qui trahit, et passe côté anglais, personnage aussi imaginaire que convenu, mais que Tchaïkovski réussit à rendre humainement et musicalement crédible. Question chant, le rôle principal fut donné à une mezzo-soprano, aucune soprano valable n’étant disponible lors de la création. De plus, il apparut que ce timbre convenait beaucoup mieux, de fait, au caractère héroïque du personnage. La version définitive après remaniements date du 11 décembre 1884 et eut lieu toujours à Saint-Pétersbourg.

Acte 2 – À la cour de Charles VII

Chœur des ménestrels : « les ans et les jours se suivent sans répit »

Danse des bohémiens

Danse des pages et des nains

Danse des baladins et des jongleurs

Scène et duo : « Je suis content de vous … Qu’on leur serve un repas et qu’on donne à chacun une chaîne en or » (Le Roi, Agnès Sorel)

« Ô je vous en prie, l’ennemi approche d’Orléans » (Dunois)

« Hélas, Sire, nos troupes sont défaites » (Dunois)

Arioso d’Agnès Sorel et duettino (Agnès, Charles VII)

Scène et récit de l’Archevêque

Récit de Jeanne

Finale (l’Archevêque, Dunois, Charles VII, Agnès Sorel, chœur)

On notera que l’innovation dramaturgique la plus remarquable est évidemment que pour la première fois, c’est un personnage féminin actif qui est le moteur de l’argument. Natalia dans son autre opéra L’Opritchnik, ou Tatiana dans Eugène Onéguine sont davantage des victimes, dont la fragilité même constitue le charme. Les héroïnes guerrières ne sont pas légion dans l’opéra, ni de façon générale les femmes qui délivrent un message. Le message de celles-ci est l’amour humain comme une Léonore dans Fidelio, ou Brünnhilde dans la Tétralogie, ou Ariane dans l’Ariane et Barbe-bleue de Dukas, … Jeanne d’Arc incarne, elle, le message patriotique. L’amour va constituer l’élément intrusif dans la dissolution fatidique. La Vierge, la Pucelle, dont des matrones vont vérifier à deux reprises dans le synopsis, si c’est bien exact, s’est dévoyée en s’éprenant de Lionel, ce bourguignon qui en plus est passé chez l’ennemi. En cela, l’insertion de l’intrigue amoureuse, une reprise de Schiller, apporte, au mépris de la réalité historique, sa logique morale, en donnant une justification supplémentaire au châtiment final.

Acte 3

1er tableau – Sur un champ de bataille, Jeanne affronte Lionel

Scène et duo (Lionel, Jeanne)

2ème tableau – À Reims, sur la place de la cathédrale

Marché

Scène et duettino (Thibaut, Raymond)

Finale

« O toi Dieu, créateur de l’univers, on demande ta bénédiction céleste »

« Ô mon Dieu, mon père ! »

Septuor (Jeanne, Agnès Sorel, Charles VII, Dunois, Lionel, Thibaut, l’Archevêque) :

« Elle a baissé la tête… »

« Pourquoi le peuple tremble-t-il ? »

« Jeanne, profite du moment… » 

Acte 4

1er tableau – Dans une forêt 

Introduction et scène

Duo et scène : « Ô, un rêve magique et doux… Tu es avec moi, mon ange » (Lionel, Jeanne)

2ème tableau – Sur la Grand Place à Rouen

Scène finale : supplice et mort de Jeanne

N’oublions pas qu’elle est accusée déjà de sorcellerie par son propre père Thibault d’Arc. C’est lui qui imprime son mouvement à l’engrenage fatal depuis que sa fille a osé lui refuser d’épouser l’homme qu’il lui avait choisi, un certain Raymond. Un père devenu son véritable ennemi, qui va faire payer très cher à sa propre fille sa désobéissance, trahison aussi grave, à cette échelle, que la trahison du pays à travers l’amour pour un adversaire, qui plus est un traitre au pays. Son amour est trahison et elle le paiera, se rachetant par la mort. Deux chefs d’accusation pour une seule coupable et condamnée. Mourir autrement que par les flammes ne lui sera même pas accordé. Six cents ans plus tard, il semblerait que nous sommes, dans certaines sociétés, toujours au Moyen-âge. On n’allume pas un bûcher mais on peut lapider, tuer par jets de cailloux, égorger, enterrer vivant. Certains en sont bien restés aux siècles moyennageux.

Michel Grialou

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Les Grands Interprètesbolshoisokhiev
Orchestre et Choeur du Théâtre Bolchoï de Russie
Tugan Sokhiev (direction)

mercredi 15 mars 2017 à 20h00
Halle aux Grains

Mécénat / Partenariats
Nathalie Coffignal
ncoffignal@grandsinterpretes.com
Tel : 05 61 21 09 61

Tugan Sokhiev © Marco Borggreve

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