Close

Mariage à la grecque

23 Fév Publié par dans Littérature | Comments

Patrick Besson signe un bref et envoûtant roman autour d’un jeune homme et d’un curieux couple sur une plage grecque.

Patrick Besson

Un homme est de retour plage de Kalafatis sur l’île de Mykonos. Vingt-cinq ans auparavant, en 1991, Nicolas – alors étudiant en quatrième de Sciences politiques – y avait rencontré Barbara. Les jeunes gens ont vingt-trois ans, elle bronze seins nus, marivaudage suit. Jusqu’à l’arrivée de José, «un type lourd, carré et rond à la fois, un carré mou ou un rond cassé». Ce véliplanchiste quinquagénaire, arborant «un torse velu de Jean Yanne», retrouve sa compagne. Ces deux-là ne seraient-ils pas «un de ces couples mal assortis et déviants dont le plaisir principal consiste à se déchirer devant les autres et à se raccommoder une fois qu’ils les ont humiliés, volés, battus ou même tués» ? Cependant, Barbara et José, «luisants de duplicité, lourds de secrets comme ces navires coulés au fond des mer avec leur cargaison d’or du XVIIIe siècle», font tomber les préventions de l’étudiant qui, durant quelques jours, ne les quittera plus.

Huis clos en plein air

Patrick BessonSéduction et parfum de meurtre (une assurance-vie de trois millions de francs) pourraient faire basculer Cap Kalafatis vers le roman noir. On songe à Plein soleil (d’après Patricia Highsmith) ou à La Piscine (d’après Alain Page), mais la mélancolie pointe le bout de son nez. Quelques mots sur ce qu’est devenu Nicolas suffisent à distiller des regrets. Le temps qui passe emporte tout ou presque, pas pour le meilleur : «En 1991, il y a encore des hippies, mais ce sont les derniers. Le plus beau slogan du monde – Peace and Love – a disparu, remplacé partout par celui de La Guerre des étoiles : May the Force with you. La force à la place de la paix et de l’amour : annonce de tant de guerres (Yougoslavie, Rwanda, Afghanistan, Irak, Syrie, Somalie, etc.).» Les dialogues crépitent, on pêche des aphorismes («Notre âge dont on se sent coupable, pourtant la seule chose dont on n’est pas responsable dans la vie, avec notre bêtise, dont on se sent coupable aussi.»), l’art de Patrick Besson excelle dans ce huis clos en plein air qui ne déplairait pas à Polanski. On lit Cap Kalafatis d’une traite en regrettant à la fin de quitter Nicolas, Barbara et José.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Cap Kalafatis, Grasset, 128 p.

Partager : Facebook Twitter Email

 


Christian Authier Plus d'articles de