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La clarinette enchantée de Raphaël Sévère

20 Fév Publié par dans Musique classique | Comments

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 février 2017 ; Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto pour clarinette ; Anton Bruckner : Symphonie n°4 « Romantique » ; Raphaël Sévère, clarinette ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Josep Pons, direction.

 

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Ce concert restera comme celui de la découverte d’un musicien intègre et merveilleux. Le clarinettiste Raphaël Sévère respire un amour de la musique peu commun lorsqu’il monte sur scène. Son engagement (de tout son corps), démontre combien la musique de Mozart l’habite. Le son de sa clarinette est beau et plein. Il nuance à l’envie, et phrase comme un poète cette sublime partition. L’Allegro initial est ferme et élégant à la fois, comme une évidence. L’Andante est un moment hors du temps où la beauté diffuse dans des phrasés d’une infinie douceur. Longueur de souffle, doigts faciles, tout coule. Le final est plein d’esprit avec une maîtrise instrumentale renversante. Mais c’est la bonhommie, l’enthousiasme du jeune clarinettiste qui forment sa plus grandes séduction.

Raphaël Sévère : Un clarinettiste en or !

Ce clarinettiste prodige de 22 ans, invité déjà dans le monde entier, va vers une carrière magnifique. Le public est tout à fait conscient de la découverte rare qu’il vient de faire et fait une ovation au jeune musicien. Il s’engage alors dans une folle page de Stravinski pour clarinette seule ne faisant qu’une bouchée de cette partition diabolique et avec beaucoup d’esprit. Josep Pons est un partenaire attentif qui gère l’orchestre de manière à mettre en valeur le soliste, mais sa main gauche respire peu.

Pour la deuxième partie du concert, le choix d’une symphonie de Bruckner fait encore l’effet d’une rareté pour une partie du public toulousain. Pourtant cette symphonie « Romantique » est la plus donnée. Le fait qu’un chef espagnol avec un orchestre français joue une symphonie du colossal et germanique Bruckner doit faire siffler les oreilles de ceux qui appellent à la fermeture des frontières et au repli sur soi. Certes cette interprétation a été prudente et cette musique ne convient pas au mieux à Josep Pons, mais tout de même quelle magie diffuse cette symphonie lors d’un concert ! L’orchestre a été splendide et Josep Pons l’a laissé jouer librement ce qui n’est pas rien.

10fev orchestreCependant le chef espagnol est tombé dans le piège du premier mouvement : il a laissé l’orchestre jouer des forte que dans la suite il n’a pas été possible de développer. L’effet de long crescendo du mouvement final a donc failli. De tous les magnifiques instrumentistes de l’Orchestre du Capitole, ce n’est pas faire injustice que d’encenser le cor de Jacques Deleplanque. Il a su avec des sonorités d’une grande délicatesse se mettre à nu, avec une subtile fragilité assumée. Et sa capacité aux nuances forte n’en a été que plus saisissante. Sous la baguette ferme de Josep Pons, de très belles couleurs, des phrasés amples et une belle superposition des plans ont offert une interprétation un peu athlétique de la « Romantique » que nous avons entendues avec d’avantage de subtilité.

Le Concerto pour clarinette de Mozart restera le moment magique du concert grâce à Raphaël Sévère, un musicien à suivre.

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 février 2017 ; Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto pour clarinette ; Anton Bruckner : Symphonie n°4 « Romantique » ; Raphaël Sévère, clarinette ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Josep Pons, direction.

Illustration : Henri Selmer

mecenat

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