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Jérôme Leroy, éloge de la fuite

19 Fév Publié par dans Littérature | Commentaires

Une étrange épidémie frappe la France et le monde : des gens disparaissent, coupent les ponts avec la société. Une jeune capitaine des services spéciaux enquête…

Jerome Leroy

Jérôme Leroy

Personne n’avait vu venir la chose. Comment appeler cela ? Une désertion ? Un sabotage pacifique ? Des gens disparaissent, abandonnent leurs postes, coupent les ponts. Des milliers de personnes – du ministre à la femme de ménage – font ainsi défection. Les autorités ont trouvé un nom de code pour cette étrange épidémie : «l’Éclipse». Lorsque les «éclipsés» occupent des postes importants, on maquille leur fuite afin de ne pas susciter des vocations alors que le phénomène se répand aussi à l’étranger. Nous sommes en France autour de 2015. Le pays, secoué par une révolte sociale et le terrorisme islamiste, est au bord de la guerre civile. Agnès Delvaux, jeune capitaine des services secrets, est notamment en charge de l’Éclipse, mais surveille également  Guillaume Trimbert, écrivain quinquagénaire à l’étroit dans son époque et prêt, à son tour, à lâcher prise.

Descendre du train en marche, quitter le bruit du monde, faire un pas de côté : ce motif ne peut que fouetter l’imagination d’un romancier comme titiller les âmes un peu lasses de la modernité et sensibles à la possibilité d’un ailleurs. Les livres de Jérôme Leroy (Le Cimetière des plaisirs, Monnaie bleue, La Grâce efficace, La Minute prescrite pour l’assaut, Sauf dans les chansons…) nous confirment que l’écrivain appartient à ces deux catégories. Nulle surprise d’ailleurs qu’il mette en scène un double romanesque en la personne de Trimbert, un nostalgique du monde d’avant la technologie et les réseaux sociaux qui ont réussi «ce que n’avaient jamais imaginé dans leurs rêves les plus fous les polices politiques de tous les régimes : des gens qui se fichent eux-mêmes.»

Mélancolique et rêveur

Jerome LeroyUn peu tard dans la saison est peut-être le texte qui rassemble le mieux les diverses inspirations et sensibilités : la poésie, le roman de genre, la ballade hussardienne. Entre la fable, le thriller et la méditation désenchantée, le roman invente un présent à peine décalé et un futur proche assez réaliste. Mélancolique et rêveur, Trimbert participe à la «sécession douce» de l’Éclipse, se réfugie dans des provinces du vieux pays, fait des détours par Porto et Lisbonne. Un monde s’écroule, il ne faut négliger aucun plaisir, surtout ceux que l’on croyait disparus : «Une certaine qualité de silence. Un silence du monde d’avant, un silence qui était le contraire du silence aseptisé, celui des hôtels de chaînes ou même des palaces internationaux. Un silence qui avait à voir avec les après-midi de l’enfance sans les sonneries de portable, sans les cent vingt chaînes de télé en bruit de fond, sans les onomatopées sonores des jeux vidéo ; avec un temps qui prenait son temps, avec des voix qui n’avaient pas l’air en permanence au bord de l’hystérie, avec des odeurs d’encaustique et de fruits un peu trop mûrs qu’il faudrait manger dès ce soir, sur des nappes blanches empesées mises parce que c’était dimanche et qu’il était normal de se mettre à table ensemble.»

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Un peu tard dans la saison, La Table Ronde, 258 p.

Jérôme Leroy © Patrice Normand

Feu sur le quartier général

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