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La dernière tentation de Scorsese

11 Fév Publié par dans Cinéma | Comments

Le réalisateur de La Dernière Tentation du Christ revient avec Silence sur la question de la foi.

Liam Neeson

Paradoxalement, les deux films que Martin Scorsese a directement consacrés à la foi et à la spiritualité – La Dernière Tentation du Christ en 1988, Kundun en 1997 – ne comptent pas parmi ses grandes réussites. En revanche, ce catholique qui fut tenté à l’adolescence d’entrer dans les ordres n’a cessé de brillamment mettre en scène dans la plupart de ses longs métrages (Mean Streets, Taxi Driver, Raging Bull, Les Affranchis, Casino, À tombeau ouvert, Aviator, Gangs of New York, Les Infiltrés, Le Loup de Wall Street…) des personnages confrontés au péché, à la chute, à la rédemption. De manière métaphorique ou pas, il a encore filmé nombre de chemins de croix, de corps suppliciés ou carrément crucifiés, d’anges exterminateurs, de Judas et de résurrections.

Silence, l’histoire de deux prêtres jésuites portugais partant à la recherche de leur mentor – le père Ferreira – dans le Japon du milieu du XVIIème siècle, marque une nouvelle tentative d’aborder de front la question de la foi. Des chrétiens persécutés, martyrisés, décapités, crucifiés, réduits à choisir entre l’apostasie ou la mort : cela éveille des échos contemporains, mais le cinéaste travaillait à ce projet, d’après un roman de l’écrivain catholique japonais Shûsaku Endô, depuis près de trente ans.

Silence

Adam Driver et Andrew Garfield

Pardon

Pourtant, cela ne fonctionne pas. La tension et la fluidité de la mise en scène de Scorsese sont aux abonnés absents. Le film s’étire interminablement. Surtout, les deux acteurs principaux (Andrew Garfield et Adam Driver) sont trop fades, à mille lieux des performances d’anthologie de Robert De Niro, Harvey Keitel, Joe Pesci, Ray Liotta, Daniel Day Lewis, Leonardo DiCaprio qui illuminèrent ses films. Le cinéaste a d’ailleurs expliqué dans la presse qu’il avait essuyé le refus de plusieurs comédiens (DiCaprio ?) indifférents ou rétifs à un film mettant en scène des prêtres et questionnant la foi (il ne faut jamais oublier, comme l’écrivait Michel Houellebecq dans La Carte et le Territoire, que nous vivons un temps où nos contemporains en savent plus en général sur la vie de Spider-Man que sur celle du Christ). Liam Neeson tire son épingle du jeu, mais il apparaît trop peu pour donner au film sa chair et son incarnation.

Au final, devant la caméra de Scorsese, le silence de Dieu se transforme en preuve ontologique de son existence (comme dans Les Infiltrés). Rien de nouveau depuis saint Anselme (1033-1109). Malgré cette déception, au regard de ses films passés, Martin Scorsese est déjà pardonné.

Christian Authier

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