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Rencontres avec les organisateurs du Festival DES IMAGES AUX MOTS – du 6 au 12 février

06 Fév Publié par dans Cinéma, Festival | Comments

Aujourd’hui commence la dixième édition du festival du film LGBT de Toulouse, Des Images Aux Mots, DIAM de son petit nom, du 6 au 12 février à Toulouse, et qui se poursuivra ensuite en région. Avant d’assister à cette nouvelle programmation, un petit retour en arrière avec Laure Faghol, co-directrice du festival, et Jacques Baran co-programmateur du festival.

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De gauche à droite : Jacques Baran, la réalisatrice Anna Margarita Albelo, le réalisateur Bruce LaBruce et Laure Faghol.

Anna Margarita Albelo

Anna Margarita Albelo

Comment est né Des Images Aux Mots ?

Le festival Des Images Aux Mots est né en 2008, au sein de l’association Arc En Ciel Toulouse. Nous organisions depuis quelques années des projections ponctuelles avec les cinémas d’art et d’essai toulousains (le cinéma ABC, Utopia, La Cinémathèque), notamment en juin, au moment de la Marche des Fiertés. Mais l’envie d’aller plus loin et d’organiser vraiment un festival de cinéma s’est construit au sein d’un petit groupe de 5 personnes qui ont été les initiateurs de Des Images Aux Mots. Les cinémas nous ont suivis et nous ont soutenus dans cette aventure.

Le nom du festival a été choisi pour affirmer cette volonté de partir des images (de films bien sûr, mais aussi de photos puisque nous organisons chaque année des expositions photographiques) pour aller vers les mots, les échanges, les débats, le partage.

Des Images Aux Mots s’est émancipé il y a quelques années d’Arc En Ciel Toulouse et nous avons créé une association indépendante, mais qui travaille toujours aussi bien avec les associations LGBT toulousaines, mais aussi avec les festivals de cinémas de la ville rose.

Qu’est-ce qu’un film LGBT ? ma question est sincère, car Palerme qui a gagné le prix du jury montre un personnage lesbien et l’homosexualité n’est pas un des sujets du film. Est-ce qu’un réalisateur LGBT peut avoir un film non LGBT à DIAM ?

Nous proposons des films qui abordent les thématiques de l’homosexualité et des questions d’identité de genre. L’idée étant de parler de nous, de nos sexualités, de nos amours, de nos vies dans leur plus grande diversité.

La sexualité ou le genre du réalisateur n’a pas à être prise en compte dans notre choix. D’ailleurs, bien souvent nous ne connaissons pas la sexualité du réalisateur !!

Un film parlant d’une relation amoureuse entre femmes, même s’il est réalisé par un homme, peut être sélectionné à DIAM (ce qui n’est pas le cas à Cinéffable par exemple).

L’important pour nous est de montrer des représentations de personne LGBT diverses, riches, qui donnent matière à réfléchir et à faire évoluer sa vision sur le sujet. Et bien sûr, l’amour du cinéma nous guide. Nous mettons en avant des films qui nous ont émus. Quand on a vu Palerme -film inconnu à l’époque-, on s’est dit qu’il fallait absolument qu’il puisse être vu sur un écran !

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Comment était la première édition ?

Elle s’est déroulée avec les cinémas qui nous sont toujours fidèles (Cinéma ABC, La Cinémathèque de Toulouse, Utopia Toulouse). Nous avons eu également des projections au Goethe Institut (nous avons été obligés d’arrêter notre partenariat pour des problèmes techniques notamment de sous-titrages), mais aussi à la salle du Sénéchal, dans un bar et une boîte de nuit (aujourd’hui disparus) avec cette idée de proposer toujours des projections gratuites pour rendre le festival accessibles au plus grand nombre.
Le cinéma ABC était à l’époque en travaux et faisait ses projections au centre culturel Alban Minville dans le quartier Bellefontaine. Des Images Aux mots a donc proposé ses premières projections dans le quartier Bellefontaine !

Les 3 premières années furent assez difficiles en terme de spectateurs. Personne ne nous connaissait et nous avions du mal à faire venir du monde à nos séances. Et je ne sais pas pourquoi, le festival a décollé la 4e année de manière très spectaculaire.

Comment faites-vous votre sélection ?

La thématique est centrale, comme je le disais plus haut. L’intérêt cinématographique aussi. Et troisième élément : notre volonté de montrer des films inédits. La plupart n’ont pas encore de distributeur en France, d’où un gros travail de sous-titrages que nous faisons. Certains trouveront dans l’année un distributeur et d’autres jamais. Ils ne pourront être vus que dans le cadre de festivals. Je pense par exemple au très beau film portugais A outra margem de Luis Filipe Rocha (2007) qui a gagné le Prix du Public et qui n’est malheureusement jamais sorti en France.

Quant à la cause militante, oui bien sûr. D’une certaine manière, notre volonté est aussi de briser des préjugés sur les personnes LGBT, de montrer des images positives et fortes. Mais nous n’évitons pas les sujets polémiques ou difficiles comme la prostitution, la fin de vie….

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Avez-vous rencontré des difficultés au fil des années ?

Nous passons notre temps à gérer des difficultés !!! Et notamment tous les imprévus et difficultés de dernière minute (annulation des invités, les films qui n’arrivent pas….) comme en ce moment. C’est beaucoup de stress.

Mais si vous parlez d’hostilité franche de la part de personnes que nous sollicitons, je n’en ai pas le souvenir. Si les gens n’apprécient pas notre festival, ils refusent de manière polie.
Nous n’avons jamais eu de réaction agressive envers le festival. Il est plutôt bien accueilli par les publics.

Ce dont vous êtes le plus fier ?

Laure : Dur de choisir une chose. Il y a eu tellement de moments sympas. Peut-être la rencontre avec les actrices du film 80 Egunean de Jose Mari Goenaga et Jon Garano lors de DIAM 2012 à l’Institut Cervantes. Ces deux actrices étaient des femmes d’environ 70 ans dont c’était le 1er rôle au cinéma. Elles sont arrivées en train de Bilbao avec tellement de gentillesse et de générosité pour parler de ce film au public que c’était un grand moment de rencontre et d’échange.

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Jacques : Je suis particulièrement fier de l’engouement du public et de l’enthousiasme que le Festival provoque. Aussi, lorsqu’on voit tout le chemin parcouru et les très faibles moyens dont nous disposons pour réaliser ce festival, je suis très fier de l’équipe et du travail de tous les bénévoles qui s’investissent sans relâche pendant toute l’année pour organiser l’un des festivals de films LGBT en France avec le plus grand nombre de séances, 46 séances cette année !!. Et le tout dans une super ambiance !

Le moment que vous préférez du festival ?

Laure : Pour moi, la soirée de clôture est un vrai moment festif où la pression se relâche et où les sourires et les retours positifs des gens me donnent beaucoup d’énergie. Les spectateurs se prêtent au jeu et sont très curieux de découvrir quels films ont gagné les Prix du Jury et du Public.

Et cette année, je pense que nous aurons une très belle soirée au Kalinka où les artistes du Cabaret vont nous proposer leurs spectacles. Cerise sur le gâteau, un quizz sur le cinéma LGBT sera proposé en première partie de soirée.

Jacques : Chaque année, mon moment préféré, ce sont les délibérations du jury, lorsque tous les membres s’installent dans les salons feutrés de l’hôtel du Grand Balcon pour discuter des films. Contrairement à Cannes, nous ne confisquons pas leurs téléphones portables pour éviter les fuites !! Mais ces délibérations restent secrètes pour permettre évidemment à chaque membre de s’exprimer très ouvertement.

Nous n’imposons pas de conditions ; les films sont jugés par rapport à leurs qualités cinématographiques, mais également pour le propos et le message qu’ils véhiculent. Mon rôle est alors de favoriser les échanges et de jouer le médiateur. C’est un instant particulier, où toutes les émotions ressortent, où les membres du jury défendent avec passion leurs choix et j’adore profiter de ces débats. Souvent, lorsque le jury n’arrive pas à départager deux films, il peut alors attribuer le Prix du Jury… ainsi qu’une mention spéciale pour récompenser un second film.

Quelque chose d’autre à dire ?

Le festival Des Images Aux Mots est ouvert évidemment à tous les publics. Il n’est pas communautaire et toutes les personnes amoureuses du cinéma et ouvertes et curieuses sont les bienvenues, indépendamment de leur orientation sexuelle et de leur genre. Alors, n’hésitez pas à venir découvrir un ou des films.

Au grand merci à eux deux pour avoir pris le temps de répondre à mes questions !

Tous les renseignements sur le site du festival : http://www.des-images-aux-mots.fr/

La grille de programmation ici.

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