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Candide de Bernstein une vraie merveille pour finir l’année en beauté

02 Jan Publié par dans Opéra | Commentaires

L’œuvre de Leonard Bernstein est un chef d‘œuvre inclassable. Elle contient en effet le meilleur de l’opéra, de la comédie musicale, de l’opérette et du théâtre réunis. Bernstein l’a corrigé et repris jusqu’à la veille de sa mort. Son enregistrement de 1989 nous donne la totalité de la musique composée. Cette production a fait des choix, et des coupes, correspondants à la version du Royal National Theatre de 1998. Voltaire est présent sur scène ; il est très crédible sous les traits de Wynn Harmon. Cette coproduction entre New-York, Bordeaux et Toulouse est une pure merveille. L’Orchestre du Capitole, dès la sensationnelle ouverture, est magnifique. Timbres rayonnants, rythmes endiablés et phrasés subtiles. Toute la magnificence d’un orchestre symphonique au service d’une partition d’une grande richesse et d’une virtuosité débridée.

Fêtes de fin d’année réussies au Capitole
Magnifique Candide de Bernstein

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La direction de James Lowe est précise, dramatique ; elle s’adapte, en parfaite connaissance, à tous les styles de l’écriture de Bernstein. Le lien plateaux-fosse est constamment réglé en finesse pour que tout avance avec panache : c’est un très beau travail musical, tout  en profondeur pour un ouvrage très exigeant. La mise en scène de Francesca Zambello est d’une intelligence confondante. Il est facile de deviner que la metteure en scène américaine aime Candide et connaît la partition de Bernstein sur le bout des lèvres. Car dans une mise en abyme du théâtre dans le théâtre, avec trois fois rien comme accessoires, elle permet au spectateur de s’immerger dans les aventures picaresques de cet admirable Candide qui finit in extremis par trouver la sagesse malgré la folie et l’imbécilité intemporelle du monde. L’intelligence et le goût exquis dont elle fait preuve tout du long, le respect pour la musique comme de l’humour délicat du livret : tout fait sens. Nous lui savons grâce d‘avoir situé l’action au XVIIIème siècle. Pas besoin de gros traits pour comprendre tout ce qu’il y a d’exactement contemporain, ou d’éternel, dans cet ouvrage.  La sauvagerie de la scène de l’autodafé reste le point nodal de l’ouvrage. Oui, la foule est d’une méchanceté totalement amorale…

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Les costumes de Jennifer Moeller sont également simples, intelligents et beaux. Candide a un costume qui s’adapte à toutes ses aventures sans vraiment changer. Cunégonde reste prise dans sa robe à panier et ne s’en dépouille que durant sa grande scène de folie, afin qu’en sous-vêtements, très digne, cela évoque son statut de gourgandine. L’ensemble des figurants, danseurs et chanteurs est également en sous–vêtements comme pour signifier leur nudité d’âme. Panglosse/Voltaire revêt et enlève sa superbe robe de chambre, réduite en miettes sur la galère…
Les lumières subtiles de Mark McCullough, les décors très mobiles de James Noone Eric et les chorégraphies brillantissimes de Sean Fogel forment un tout d’une cohérence parfaite dans ce théâtre Pirandellien, qui stimule l’œil, sans cesse.

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JEU D’ACTEURS. Les acteurs chanteurs mettent tout leur cœur dans la bataille. La soprano Ashley Emerson est une Cunegonde touchante et brillante. Son grand air devient une grande scène de désespoir maitrisé avec vocalises, et suraigus sans failles…. soit du grand opéra romantique. La Vielle Dame de Marietta Simpson est un personnage complet de comédie musicale. Son Tango est irrésistible de chic et d’humour. Wynn Harmon en Voltaire/Pangloss est un grand acteur qui chante très correctement. Sa diction claire, son ton, son style, son chic sont parfaits. La voix et le personnage de Martin, sa présence scénique troublante, trouvent en Matthew Scollin un interprète idéal. Il est impossible de parler de chaque chanteur, de chaque personnage… il y en a trop ! Tous sont soudés dans un travail d‘équipe de haut vol. Les chanteurs solistes issus du chœur du Capitole se mêlent parfaitement aux chanteurs/danseurs américains.

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Reste le cas d’Andrew Stenson en Candide. Le timbre n’est pas celui du ténor souhaité par Bernstein. La voix est sans éclat, sans lumière, sonne d’avantage comme un baryton léger. Mais l’acteur est sympathique et efficace. Les si belles méditations et le beau lamento écrits par Bernstein ne s’élèvent pas sur les cimes de l’émotion possible faute de clarté et lumière du timbre. Ce choix est d’autant plus discutable que deux très beaux ténors auraient été ici, vocalement plus exacts. Brad Raymond, Gouverneur impayable, et surtout Andrew Maughan : Cacambo, vocal de luxe et acteur sympathique.

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Au final, cette œuvre magnifique méritait de rencontrer enfin le public toulousain. Les fêtes de fin d‘année avec leur sens profond pour certains et la superficialité pour le plus grand nombre, sont en phase avec cet ouvrage hybride entre les cultures et les styles. Culture des Lumières, celle du volontarisme du nouveau monde, comme de celle de l’agitation folle de la planète. Entre opéra, comédie musicale et opérette. Chacun peut y déguster ce qu’il préfère.
Je termine sur ces mots du beau final, au sublime digne de Mozart et Richard Strauss. Il débute  a capella :

« La vie n’est  ni bonne ni mauvaise.
La vie est la vie et tous nous le savons,
Le bien, le mal, la joie et la peine
Sont finement entremêlés.
Et termine Tutta Forza sur :
Nous ne sommes ni purs, ni sages, ni bons ;
Nous ferons du mieux que nous savons. »

Hubert Stoecklin

Compte-rendu Opéra. Toulouse ; Théâtre du Capitole, Le 22 décembre 2016. Leonard Bernstein (1918-1990) : CANDIDE, Opéra en deux actes sur un livret de Hugh Wheeler d’après l’oeuvre éponyme de Voltaire créé le 1er décembre 1956 au Martin Beck Theater, New York ; Nouvelle version de John Caird (version du Royal National Theatre, 1998) ; Paroles de Richard Wilbur ; Paroles additionnelles de Stephen Sondheim, John Latouche, Lillian Hellman, Dorothy Parker et Leonard Bernstein ; Francesca Zambello :  mise en scène ; E. Loren Meeker, collaboration artistique à la mise en scène ; Eric Sean Fogel : chorégraphie ; James Noone : décors ; Jennifer Moeller : costumes ; Mark McCullough : lumières ; Nouvelle coproduction avec le Festival de Glimmerglass (New York en Juillet 2015) et l’Opéra National de Bordeaux ; avec : Andrew Stenson, Candide ; Wynn Harmon, Voltaire/Pangloss ; Ashley Emerson, Cunégonde ; Marietta Simpson, La Duègne ; Christian Bowers, Maximillian/Révérent-Père ; Kristen Choi, Paquette ; Matthew Scollin, Martin/Jacques ; Andrew Maughan, Cacambo/Ensemble ; Cynthia Cook, Vanderdendur/La Baronne ; Brad Raymond, Le Grand Inquisiteur/Le Gouverneur ; Cole Francum, Le Roi de Bavière/Un Officier français ; Brian Wallin, Le Roi de l’El Dorado/Un marin ; Anthony Schneider Un Soldat/Un Agent ; Maren Weinberger, La Femme du Pasteur/La Reine de l’El Dorado ; Corrie Stallings, Caporal ; Giovanni Da Silva, Un esclave / Ensemble ; Carlos Perez-Mansilla, un esclave/Ensemble ; Christian Lovato, Don Issacar/Le capitaine ; Laurent Labarbe, Le Baron/Un Inquisiteur ; Isabelle Antoine, Un mouton/Ensemble ; Judith Paimblanc, Un mouton/Ensemble ; Zena Baker, Olivia Barbieri, Amanda Compton Lo Presti, Daniela Guerini Rocco, Olivia Barbieri, Andrew Harper, Emmanuel Parraga, Felicity Stiverson Ensemble ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, James Lowe.

Illustrations : © P. Nin / Capitole de Toulouse décembre 2016

Chronique publiée sur Classiquenews.com

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