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Candide : car tout est bien !

24 Déc Publié par dans Opéra | Comments

Voltaire quitte son voltaire pour saluer la cour à cour. Aurait-il vraiment salué la cour ?

La mystérieuse arche du Concert de Noël n’appartenait donc pas au toit de quelque crèche, mais à ce hangar à étage, à praticables, à estrades, qui fait le tour du monde en une unité de lieu. Trois fois rien évoquent presque tout : toiles voiles, barrique barque, tréteaux bateaux, ficelles flots, lustre lucre. La neige tombe métaphoriquement. Le séisme fait choir de très fausses pierres et l’anabaptiste se noie dans les dessous. L’énorme baronne est suspendue à sa perruque ; un grand guitariste joue d’une petite guitare et réciproquement. Les moutons rouges, en panier de laine, tricotent.

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Les beaux masques se vautrent dans le fric et la luxure. De sa main valide, un cadavre remercie qu’on lui remette son bras coupé. Les morts ici ou là sont les mêmes, ils ne sont simplement pas du même côté. Et, parité oblige chez les fripouilles, Vanderdendur est une femme.

C’est drôle mais surtout, grinçant. Car il s’agit bien, comme en 1759, comme en 1956, de dénoncer sous le rire : guerres, massacres, exécutions extrajudiciaires, religions alibis, catastrophes naturelles, ploutocratie, pseudo-science, machisme ordinaire…

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Andrew Stenson (Candide), Ashley Emerson (Cunégonde), Marietta Simpson (la Vieille)

James Lowe mène allègrement orchestre et plateau et prenant bien soin de laisser leur place aux jeunes voix. Si le Candide d’Andrew Stenson manque un peu de projection, Ashley Emerson (Cunégonde) négocie jusqu’au cri le très attendu Glitter and be gay. Marietta Simpson fait une truculente vieille monopyge. Et on remarque le beau baryton de Matthew Scollin, particulièrement séduisant dans le rôle de Martin.

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Au tableau, Wynn Harmon (Pangloss, Voltaire)

Excellent conteur, et logiquement plus modeste chanteur, Wynn Harmon passe de Voltaire à Pangloss par le truchement d’une robe de chambre et de lunettes (car les nez ont été faits…) Jusqu’aux plus petits rôles, la troupe est parfaitement homogène et les artistes du chœur du Capitole s’y fondent en s’en donnant à cœur joie. Et on imagine l’intense travail des habilleuses en coulisses, les changements étant fréquents et rapides.

Musique, chant, danse, costumes, humour… un vrai spectacle de fêtes ? Oui, mais pas seulement. Chacun y lira ce qu’il veut selon qu’il est ou non… optimiste.

Photos © Patrice Nin

Théâtre du Capitole, 22 décembre 2016

Une chronique de Una Furtiva Lagrima.

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