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Tintin est éternel (1)

09 Oct Publié par dans BD, Littérature | Comments

Alors qu’une exposition au Grand Palais et de nombreux ouvrages rendent hommage à Hergé, retour sur le monde de Tintin…

herge

Alors qu’a débuté depuis le 28 septembre au Grand Palais une exposition dédiée à Hergé, voici l’occasion de rendre hommage à son personnage le plus célèbre. Ou plutôt au «monde de Tintin» (pour reprendre le titre du livre de Pol Vandromme, le premier consacré en 1959 au héros à la houppette) tant l’œuvre d’Hergé s’apparente ici à une comédie humaine (qui est aussi animale, et pas seulement grâce au fidèle Milou) au sens balzacien du terme. Avec Tintin, Milou, Haddock, le professeur Tournesol, les Dupont(d), la Castafiore, Tchang, Séraphin Lampion, Rastapopoulos et tant d’autres, Georges Rémi a créé des caractères et un univers. Il a entraîné des millions de lecteurs du monde entier chez les Soviets, en Amérique, au Congo, sur la Lune, au pays de l’or noir, chez les Incas, au Tibet, sans oublier la mythique Syldavie ou le château de Moulinsart.

En vingt-quatre albums (en comptant l’inachevé Tintin et l’Alph-Art), Tintin et les siens nous ont fait partager leur goût pour les horizons lointains, des paysages immenses et d’autres plus intimes où se nichent des peurs primales. Chez Hergé, malgré la fin du monde qui s’annonce, les complots en tout genre, les bêtes féroces, les menaces de bûcher, de peloton, de pendaison ou de décapitation ; on trompe la mort. Rien n’est vraiment grave. Le temps passe, mais on ne vieillit pas. Tintin nous maintient dans la poésie et l’éternité de l’enfance. De fait, la magie et le fantastique peuvent s’inviter. Les amis disparus ressurgissent intact à l’instar de Tchang.

Oublions un temps les sempiternelles polémiques autour des clichés colonialistes ou racistes, notamment dans Tintin au Congo, véritable «sparadrap» de ce pauvre Hergé. A-t-on vu les albums de Tintin inculquer le poison du racisme chez leurs dizaines de millions de lecteurs depuis des décennies ? Politiquement, on trouve d’ailleurs de tout dans les aventures de Tintin (la dénonciation de l’URSS et des dictatures communistes, des dictatures sud-américaines, du Japon impérial…) qui prend aussi la défense des Amérindiens ou des Incas. S’il fallait lier Tintin à un drapeau et à un «collectif», ce serait plutôt «au drapeau noir et aux copains», selon l’expression de Pol Vandromme. Le grand critique et écrivain (belge comme Hergé) voyait non sans justesse chez Tintin un «anticonformisme qui ne se grise pas de ses révoltes et qui a le courage de les tourner en extravagances», une «anarchie sans aigreur, sans arrière-pensée, paisible jusque dans ses éclats, ce refus des routines qui permet d’accueillir l’imprévu comme une grâce».

L’œuvre d’Hergé n’a rien perdu de sa beauté intemporelle, de son allégresse, de sa fantaisie, de son invention, de sa féérie, de sa formidable puissance d’évocation. Livres, films, expositions et autres n’ont pas fini de la prolonger. Pour preuve : le 11 janvier 2017, quatre jours avant la fin de l’exposition Hergé au Grand Palais, paraîtra une version colorisée de Tintin chez les Soviets tandis que l’on apprend que Steven Spielberg serait en train de se pencher sur le second volet des aventures cinématographiques de notre héros. Tintin est immortel…

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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Grand Palais, jusqu’au 15 janvier 2017

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