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Mr. Robot : produit radical chic

20 Sep Publié par dans Séries | Commentaires

La première saison de la série Mr. Robot, encensée par la critique, arrive sur France 2 en deuxième partie de soirée.

Mr. Robot- Season 1

Pour nombre de critiques en France comme à l’étranger, la série créée par Sam Esnail fut la sensation de l’année 2015 (la première saison a été diffusée à partir de juin 2015 aux États-Unis). Le point de départ ? Elliot Alderson, jeune informaticien surdoué vivant à New York, travaille comme ingénieur en sécurité informatique pour une société dont le principal client est E Corp, un énorme conglomérat financier. Souffrant de divers troubles (schizophrénie, paranoïa…) et d’addictions à des drogues censées le soulager, Elliot profite par ailleurs de ses talents en informatique pour jouer au justicier auprès des gens qu’il côtoie, démasquant là un époux adultérin, envoyant ici un criminel en prison en piratant leurs ordinateurs ou leurs téléphones… Un jour, il est contacté par «Mr. Robot», manière d’activiste anar à la tête d’un groupe clandestin de hackers baptisé F-society visant à déstabiliser et détruire le capitalisme mondialisé. Ce dernier souhaite le recruter afin de provoquer la chute d’E Corp.

Mr. Bobo

Surfant habilement sur des thèmes contemporains (les Anonymous, Snowden, Assange…), Mr. Robot apparaît avec son premier épisode très réussi comme une tentative audacieuse de mise en scène d’une contestation du nouvel ordre techno-marchand dont Steve Jobs ou Facebook (nommément cités), et à travers eux la finance internationale, sont l’incarnation. Cependant, assez vite, les influences de la série (David Fincher en général et Fight Club en particulier, Bret Easton Ellis, David Cronenberg, les Wachowski…) se font envahissantes, proches du pastiche et distillent un sentiment de déjà vu à l’image d’un personnage tout droit sorti d’American Psycho d’Ellis ou d’un «twist» tellement convenu qu’il en devient consternant.

Puis, au fil des registres empruntés (la politique, le thriller, la technologie, le drame familial, la comédie…) et de procédés éculés (pesante voix off), Mr. Robot se perd dans des intrigues secondaires parasitaires. Le scénario se fait aussi improbable qu’incohérent. Le grand n’importe quoi prend ses aises. Heureusement, l’interprète principal, le formidable Rami Malek qui ressemble étonnement à Lou Reed jeune, empêche de décrocher avant la fin. Il fallait cela pour résister au cabotinage de Christian Slater et aux seconds rôles tellement caricaturaux qu’ils en deviennent comiques. Mr. Robot évoque un produit radical chic, la contestation en peau de lapin version XXIème siècle avec la wifi et du quinoa. L’ombre de Guy Debord plane sur quelques dialogues pompeux, ce qui ne surprend guère tant l’auteur de La société du spectacle est depuis longtemps l’idole de bien de révolutionnaires inoffensifs dont les nigauds du groupe de Tarnac sont, en France, l’illustration tragi-comique. Comme titre, Mr. Bobo aurait mieux convenu.

Christian Authier

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