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C’était Trumbo

28 Avr Publié par dans Cinéma | Comments

Un biopic du scénariste américain mis au ban d’Hollywood pendant le maccarthysme et qui récolta deux Oscars sous pseudo.

Pour nombre de cinéphiles, Dalton Trumbo (1905-1976) est associé à son unique film en tant que réalisateur, Johnny s’en va-t’en-guerre, réalisé en 1971 d’après son propre roman. Une œuvre bouleversante sur la vie d’un soldat américain qui revint de la Première Guerre amputé des bras et des jambes, aveugle, sourd et muet. Il est également entré dans l’histoire du cinéma pour avoir été l’un des «dix d’Hollywood», c’est-à-dire des artistes de l’industrie cinématographique poursuivis par la Commission des activités antiaméricaines (créée en 1947), du fait de leur appartenance au Parti communiste ou de leur sympathie pour le communisme, et interdits de travail. Ils furent plus nombreux à être inscrits sur la très officielle «liste noire», mais eux refusèrent la moindre concession face à leurs procureurs quand d’autres choisirent l’exil (Joseph Losey, Jules Dassin…) ou choisirent de collaborer en donnant des noms (Elia Kazan, Edward Dmytryk…).

trumbo

Dalton Trumbo retrace cette époque et cet épisode avec autant d’application que de pédagogie. Loin d’être un film militant, le film de Jay Roach (que l’on connaissait spécialiste de la comédie: Austin Powers I et II, Mon beau-père et moi et ses deux suites, Moi député…) navigue entre gravité et comédie pour reconstituer l’extraordinaire destinée du scénariste-écrivain qui va passer par la case prison (dix mois) avant de retravailler clandestinement. Ironie de l’histoire : celui qui avait déjà raflé un Oscar du meilleur scénario en 1941 pour Kitty Foyle remportera deux autres statuettes (pour Vacances romaines en 1954 et Les clameurs se sont tues en 1957) sous pseudonyme… Toujours non crédité, on lui doit aussi l’écriture des formidables Menace dans la nuit de John Berry et du Rodeur de Joseph Losey, deux cinéastes également poursuivis et conduits à l’exil en Europe.

Sortir de l’ombre

Dalton Trumbo résiste malgré les amis qui l’ont trahi tandis que le maccarthysme se fait moins pressant au fil des ans. Le début de la réhabilitation a lieu en 1960 quand Kirk Douglas, interprète du Spartacus de Kubrick que Trumbo a écrit, exige que son nom apparaisse au générique. Otto Preminger réclame la même chose pour son Exodus. Le proscrit peut enfin sortir de l’ombre.

Bryan Cranston (le génial interprète de la série Breaking Bad) campe ce «héros» ordinaire et humble, tendre et inflexible, de manière impeccable. Le reste du casting n’est pas mal non plus et rassemble dans divers registres quelques talents étincelants (Helen Mirren, Louis C.K., Elle Fanning ou John Goodman). Dalton Trumbo utilise le noir et blanc, des documents d’archives, met en scène un John Wayne ou Kirk Douglas peu ressemblants quoique très convaincants.

Formellement, tout cela est d’un classicisme frisant avec l’académisme, mais de la photographie (magnifique) au générique de fin (superbe), il est difficile de bouder son plaisir.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Dalton Trumbo de Jay Roach avec Bryan Cranston, Michael Stuhlbarg, Diane Lane. Durée : 2h05.

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