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Connaissez-vous… In the Cut de Jane Campion

27 Avr Publié par dans Cinéma | Commentaires

Chaque mercredi, nous vous proposons de découvrir ou redécouvrir un film américain passé inaperçu lors de sa sortie.

La carrière de la cinéaste néo-zélandaise a démarré sous les meilleurs auspices avec la présentation à Cannes en 1989 de son premier long-métrage, Sweetie, remarqué par la critique.

Un Ange à ma table, un an plus tard, évocation de la romancière Janet Frame, confirme l’intérêt qu’on lui porte et installe un univers où des héroïnes décalées ou marginales se heurtent à la société. En 1992, La Leçon de piano, avec Holly Hunter et Harvey Keitel, reprend sensiblement le même thème, mais dans une forme et un ton mélodramatique plus classiques. Avec ce film, Campion devient la première réalisatrice à décrocher une Palme d’Or. Suivent le très académique Portrait de femme d’après Henry James avec Nicole Kidman et le road movie Holy Smoke avec Kate Winslet qui renoue avec l’ambiance baroque de ses premiers films. Elle a ensuite réalisé en 2003 In the Cut, massacré par la critique et boudé par le public. Après cet échec, il fallut attendre 2009 où elle présentait à Cannes en compétition Bright Star sur l’écrivain John Keats pour avoir de ses nouvelles avant de la retrouver en 2013 aux commandes de la mini-série Top of the Lake.

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Pourtant, In the Cut, adapté du roman de Susanna Moore, est sans doute son film le plus passionnant, une manière d’objet non identifié dans le genre ô combien balisé du thriller autour d’un tueur en série. Frannie, professeur de lettres quadragénaire et célibataire, vit dans un modeste appartement d’un quartier sordide de New York. Un jour, elle surprend, dans le sous-sol obscur d’un bar voisin où elle a ses habitudes, les ébats torrides d’un couple et remarque un tatouage sur un poignet de l’homme. Le lendemain, la femme (une prostituée) est retrouvée morte. L’inspecteur Malloy chargé de l’enquête recueille les témoignages du voisinage. En interrogeant Franny, il la soupçonne de savoir quelque chose sur le meurtre tandis qu’elle est attirée par cet homme dont elle a remarqué qu’il porte un tatouage semblable à celui de l’homme vu en compagnie de la victime…

La première réussite de In the Cut est son inventivité visuelle qui joue sur le mélange de tons sombres et de couleurs vives (le rouge, le jaune…) ainsi que sur l’utilisation du flou dans la composition des plans. Loin d’être une affèterie esthétisante, ce parti pris épouse parfaitement le mélange d’hyper réalisme et de stylisation qui est la marque de ce film en forme de conte moderne. Par ailleurs, face à un Mark Ruffalo exsudant une virilité animale, Meg Ryan signe sa meilleure composition. Devenue célèbre en 1989 pour son rôle dans Quand Harry rencontre Sally et la scène mythique de l’orgasme simulé au restaurant, elle s’illustra dans la comédie (Nuits blanches à Seattle et Vous avez un mess@ge de Nora Ephron), le mélodrame (l’excellent Flesh and bone de Steve Kloves, La Cité des Anges, Kate et Léopold), le thriller politique (À l’épreuve du feu). Mais l’actrice a souvent eu du mal à s’extirper de son image de midinette et de « petite fiancée de l’Amérique ».

Là, elle surprend et impressionne dans ce rôle de célibataire new-yorkaise paumée à mille lieux des fashion victims de Sex in the City. Avec force et fragilité, elle campe un personnage houellebecquien trompant sa solitude et ses frustrations au gré d’une relation sexuelle aussi torride que désespérée. Il y a des petits matins blêmes, des nuits noires et rouges, des moments de latence assez poétiques. Baignant dans un érotisme poisseux et une violence crue, In the Cut nous épargne les ficelles du porno chic comme du gore. Auprès du tandem Meg Ryan / Mark Ruffalo, on retrouve dans des seconds rôles des comédiens impeccables (Jennifer Jason Leigh, Geoffrey Rush, Kevin Bacon) qui contribuent à l’efficacité de l’entreprise. Sans tomber dans le pastiche, ce film évoque un certain cinéma américain des années soixante-dix : Klute de Pakula, Taxi Driver de Scorsese, Cruising de Friedkin. Il y a pire comme références…

Christian Authier

IN THE CUT
De Jane Campion
Avec Meg Ryan, Jennifer Jason Leigh, Mark Ruffalo plus
Genres : Thriller, Erotique

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