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Connaissez-vous… Invasion Los Angeles de John Carpenter

13 Avr Publié par dans Cinéma | Commentaires

Chaque mercredi, nous vous proposons de découvrir ou redécouvrir un film américain passé inaperçu lors de sa sortie.

Quand il réalise en 1988 ce film dont le titre original (They Live) est moins simplet et martial que le titre français, John Carpenter est au creux de la vague. Dix ans plus tôt, le cinéaste né en 1948 a pourtant révolutionné le film d’horreur avec Halloween / La Nuit des masques qui va instituer le « slasher » (film où un tueur inconnu ou masqué élimine ses victimes à l’arme blanche) en véritable genre commercial. Dans la foulée de cet énorme succès, il signe des films comme Fog, New York 1997 (auquel il donnera une magistrale suite, Los Angeles 2013, en 1996), The Thing, Christine (d’après Stephen King) et Starman qui en font l’un des réalisateurs les plus en vue d’Hollywood. Sacré « maître du fantastique », Carpenter se lance en 1986 dans Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin.

Malgré la présence de son acteur fétiche (Kurt Russell, déjà dirigé à deux reprises), le cinéaste est mal à l’aise avec cette grosse production qui va se solder par un cuisant échec commercial entraînant sa disgrâce aux yeux des studios. Pour se refaire, il revient alors à ses premières amours en enchaînant deux films à petit budget : Prince des ténèbres en 1987 et Invasion Los Angeles en 1988, ce dernier constituant en quelque sorte l’un des angles morts de sa filmographie.

Invasion LA

John Nada (sic), ouvrier au chômage, a quitté Denver et cherche un emploi en errant avec son sac à dos sur des avenues désolées de Los Angeles. Après avoir décroché un boulot dur et mal payé sur un chantier, il se lie d’amitié avec l’un de ses collègues, Frank, qui lui propose le gite et le couvert dans le bidonville dans lequel il vit lui-même. Ayant remarqué des mouvements suspects autour d’une église voisine, John découvre un réseau d’activistes transportant des cartons remplis de lunettes de soleil. Une intervention musclée de la police, qui détruit tout, les met en fuite, mais notre héros retrouve le lendemain un carton ayant échappé au massacre et récupère une paire de lunettes. Un peu plus tard, lorsqu’il les met, il découvre avec stupeur qu’une partie de l’humanité est en réalité composée d’extra-terrestres tandis que des messages subliminaux (« Travaille », « Consomme », « Obéis », « Soumets-toi », « Regarde la télévision »…) peuplent les affiches publicitaires, les journaux, les murs de la ville…

Dès les premières scènes quasi-documentaires où Carpenter filme les hordes de miséreux rejetés aux banlieues de la « Cité des Anges », on devine qu’Invasion Los Angeles ne sera pas un banal film fantastique, mais plutôt une manière de brûlot contre certains modes d’exploitation et de contrôle des individus. La charge de Carpenter vise bien au-delà de l’Amérique reaganienne et presque trente ans après sa sortie en salles en France, le propos demeure d’une actualité impressionnante. Crise économique, abrutissement des masses par la consommation et la télévision, cynisme et corruption des élites (les extraterrestres occupent désormais tous les postes de pouvoir) : nous y sommes. « Mon film est une révolte contre la gauche, la droite, la censure et le politiquement correct », déclarait le metteur en scène à l’époque et ce réjouissant souffle anar culmine dans les formidables dernières scènes.

Tourné en deux mois, Invasion Los Angeles compense l’absence de moyens par une efficacité de série B et l’interprétation aussi sommaire que physique de Roddy Piper (une ancienne star du catch, comme l’on peut s’en apercevoir lors d’une scène de bagarre de sept minutes) colle parfaitement à un scénario qui va droit au but. Si le film ne possède pas la beauté visuelle de Fog ou l’inventivité de Los Angeles 2013, il se range toutefois parmi les plus grandes réussites d’un cinéaste indomptable dont le dernier film à ce jour, The Ward : L’Hôpital de la terreur (avec Amber Heard), sorti en 2011 aux Etats-Unis, fut directement distribué en vidéo chez nous un an plus tard…

Christian Authier

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