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Sur le ring avec Daniel Rondeau

25 Mar Publié par dans Littérature | Commentaires

L’auteur de L’Enthousiasme et des Vignes de Berlin évoque dans le récit Boxing-club sa passion et sa pratique du «noble art», mais aussi bien d’autres choses. Emballant.

Daniel Rondeau

Daniel Rondeau, Jean-Michel Hamilcaro, Amira Hamzaoui, Georges Beaupuis et Jérôme Vilmain.

Précisons d’emblée qu’il n’est nul besoin d’être un passionné ni un spécialiste de la boxe pour lire et savourer le dernier livre de Daniel Rondeau. Lui-même avoue avoir été frappé par cette passion «sur le tard et sans avertissement», voici une dizaine d’années, à l’âge de cinquante-six ans. C’est d’abord dans la grange de sa ferme en Champagne que l’écrivain a fait ses premiers entraînements en compagnie de Jérôme Vilmain, le coach du Boxing-club d’Épernay. Puis, l’initiation continua dans la salle de ce «club modeste, comme il en existe sans doute beaucoup d’autres en France aujourd’hui, mais riche d’un palmarès étonnant et où règne un esprit singulier.»

Cet état d’esprit, on le découvre sur les pas donc de Jérôme Vilmain, par ailleurs ouvrier de cave, qui s’efforce avec ses élèves de «pénétrer leur cœur sans les vexer». Parmi ceux-ci, voici Jean-Michel Hamilcaro, maçon et professionnel depuis 2006, ou Amira Hamzaoui, deux fois championne du monde, qui doit cependant travailler dans les vignes pour vivre. Il y a aussi des destins brisés ou en suspens comme Maye Cissé, ancien espoir, «un jeune boxeur inspiré et solaire» qui eût une main traversée par une balle en s’interposant dans un règlement de comptes.

Intégration et désintégration

boxing clubDaniel Rondeau décèle dans ce sport – que l’on pourrait qualifier finalement de «collectif» –  des vertus inattendues : «La boxe est riche en émotions, mais la courtoisie des boxeurs (leur tendresse parfois, sans parler des manifestations affectueuses des coachs pour leurs boxeurs) est toujours impressionnante, parfois bouleversante. Elle appartient à la séduction et à la déraison de la boxe. À sa nature paradoxale, ce mélange de sauvagerie et de noblesse, qui façonne son mystère.» On songe parfois à la lecture de Boxing-club au Million Dollar Baby d’Eastwood (la tragédie en moins) et au recueil de nouvelles de F.X. Toole, La Brûlure des cordes, dont le film est adapté. Même humanité brûlante, même pudeur des sentiments.

Évidemment, à travers la boxe, ce récit nous parle de bien d’autres choses, par exemple avec une évocation du champion franco-iranien Mahyar Monshipour aux yeux duquel l’amour de la France est une chose sérieuse et sensible à la fois qui va de la Sécurité sociale au général de Gaulle. Ailleurs, on entrevoit le quotidien «de jeunes musulmans vivant dans les cités et abonnés à de curieuses bibliothèques tournantes qui ne leur proposent qu’un assortiment explosif de livres nazis, anticolonialistes et antisémites.» Intégration et désintégration sont à l’œuvre. On ne sait encore qui remportera le combat.

«Les qualités des boxeurs (courage, lucidité, vitesse, humilité, endurance) constituent un apanage auquel nous devrions tous aspirer», écrit Daniel Rondeau. Cette leçon de vie est offerte à qui veut la prendre. La décence ordinaire des êtres que décrit l’écrivain donne des raisons de ne pas désespérer du vieux pays, de ne pas jeter les gants. Au Boxing-club d’Épernay, on est chez nous.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Boxing-club, Grasset, 135 p.

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