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Histoires de bouteilles

22 Mar Publié par dans Littérature | Commentaires

Dans un petit livre élégant et ludique, Cadavres exquis, Alain Weill présente des bouteilles qui lui sont chères par leurs étiquettes ou leur design.

Alain Weill

Ne pas se méprendre : Alain Weill n’est pas l’un de ces «buveurs d’étiquettes» attachés au prestige et à la valeur d’échange des bouteilles. C’est en spécialiste de l’art publicitaire et du graphisme qu’il présente dans Cadavres exquis des bouteilles de vin (et d’alcools très divers ainsi que quelques sodas en canettes) chères à son cœur. D’une vie longue en voyages et en dégustations en tous genres, il a conservé des flacons pour leur beauté, leur originalité, leur drôlerie, leur mauvais goût… Certaines bouteilles racontent une histoire, une époque, une mode. Que nous présente ce petit livre évidemment illustré, mais aussi commenté par l’auteur ?

On croise un morgon de Marcel Lapierre illustré par Siné, un whisky corse par Pétillon, un vin blanc italien rendant hommage à Elvis, une cave coopérative du Gard célébrant Yuri Gagarine (initiative du «milliardaire rouge» Jean-Baptiste Doumeng), un côtes du Roussillon Villages honorant Jean Échenoz… Des reproductions de Lautrec côtoient des œuvres originales de Saul Steinberg ou de Gilbert et Georges.

Air du large

Par la diversité de leurs formes et de leurs couleurs, de leurs horizons parfois lointains, ces bouteilles nous invitent au dépaysement et à l’air du large. Là, on peut boire à la santé du Che. Ici, de Franco. D’autres préfèrent les revendications identitaires à l’image de ces «altercolas» bretons, corses ou musulmans. La provocation n’est pas interdite. Venue des Etats-Unis, une canette de boisson énergisante s’intitule «Cocaïne», ce qui n’a pas vraiment amusé les services de police antidrogues. La Chartreuse et l’absinthe n’ont pas compté pour rien dans les ravissements d’Alain Weill. Il s’en souvient, entre nostalgie et émotion. Ailleurs, le kitsch s’invite gaiement.

En refermant ce délicieux Cadavres exquis, on se prend à imaginer un ouvrage de ce genre rassemblant les étiquettes inattendues du vignoble hexagonal et de vignerons «alternatifs» rarement avares de jeux de mots («Omar m’a abuser», «Porc tout gai», «Tout bu or not tout bu», «Le canoë Gaillac»…) ni en hommages divers aux Sex Pistols (avec la traduction littérale de Never Mind the Bollocks) et à «Jauni Rotten», à Brigitte Lahaie, Frédéric H. Fajardie… On se souvient aussi que les regrettés Charb et Wolinski avaient dessiné plusieurs étiquettes. Bref, du travail pour Guillaume Zorgbibe, l’éditeur d’Alain Weill, qui n’est pas indifférent à la Dive sous toutes ses expressions.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Cadavres exquis, éditions du Sandre, 96 p.

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