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Les vies rêvées d’un homme ordinaire

21 Mar Publié par dans Littérature | Commentaires

Entre le conte et la satire, Patrice Jean signe avec Revenir à Lisbonne un roman sur le mensonge et une imposture amoureuse.

Patrice Jean

Quand tant de romans avancent martialement avec leurs grands «sujets» en bandoulière, le troisième de Patrice Jean, après La France de Bernard et Les Structures du mal, fait souffler un peu d’air frais, pratique le pas de côté et le changement de perspective. Dès les premières pages, le ton goguenard avec lequel l’écrivain narre les évènements très ordinaires que traverse son héros (séance bricolage et soirée crémaillère chez un ami) se mêle à la prose altière d’extraits du Traité de l’honnête homme du XXIème siècle. Ce manifeste, signé par un mystérieux Lorenzo de Lenclos qui serait né en 1938, est le livre de chevet de Gilles Ménage qui y puise des enseignements paradoxaux. À la suite d’un quiproquo, Gilles, quarante-six ans, divorcé, professeur d’histoire, est pris pour un maçon par la charmante Armande, chargée de la programmation d’un centre culturel. Aux yeux de l’intellectuelle, rien n’est plus séduisant qu’un «manuel» et le faux maçon va donc se glisser dans la peau d’un autre, s’inventer une nouvelle vie…

Patrice JeanRevenir à Lisbonne possède les atours du conte moral comme de la satire. Au premier, il emprunte les renversements de situation et une certaine cruauté. À la seconde, la drôlerie et le trait qui fait mouche. Les postures des bien-pensants narguant des ennemis imaginaires ou des tyrannies éteintes nous sont bien connus, mais on ne se lasse pas du spectacle de ces précieux ridicules se grisant «de réprobation morale comme un ivrogne se soûle avec une bouteille de mauvais vin».

Ce roman sur le mensonge et l’illusion fait, comme annoncé, un détour par Lisbonne à la recherche d’une jeune fille d’autrefois ayant joué, elle aussi, avec les faux-semblants. Des surprises sont à venir. Patrice Jean ne pouvait trouver meilleur décor que la ville de Pessoa, où certains attendent le retour d’un roi caché, pour cette histoire d’usurpation d’identité qui se conclut par : «Lecteur, passe ton chemin.» Ne suivez pas ce conseil.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Revenir à Lisbonne, Rue Fromentin, 200 p.

 

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