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Jean Rolin ou la possibilité d’une île

19 Mar Publié par dans Littérature | Comments

L’auteur de L’Organisation, prix Médicis 1999, s’est rendu dans une île où se déroula en 1944 l’une des plus meurtrières batailles de la guerre du Pacifique.

Connaissez-vous Peleliu ? Il s’agit d’une petite île de l’archipel des Palaos dans le Pacifique entrée dans l’histoire pour avoir été le théâtre de l’une des batailles les plus meurtrières, de septembre à novembre 1944, dans la guerre opposant les Etats-Unis au Japon. Peleliu est également le titre du nouveau livre de Jean Rolin. L’auteur de La ClôtureChrétiens ou Terminal Frigo s’y est rendu et y a séjourné. Il en a ramené un bref ouvrage dans lequel il a consigné choses vues et choses lues. Impressions, anecdotes, rencontres, rappels historiques, digressions se chevauchent dans ce drôle de récit de voyage dont l’origine est une bataille qui «s’est avérée inutile, ou d’une utilité discutable».

Mais qu’allait-il faire dans cette galère ? L’écrivain donne des indices qui brouillent les pistes : «Débarquer sur Peleliu, je l’ai fait moi aussi, dans les derniers jours du mois de février 2015, sans me heurter à un mur de flammes ni rencontrer de difficultés particulières. Pour le reste, c’est en vain qu’on me demanderait quelles étaient mes raisons de visiter cette île, car elles me demeurent assez obscures. Sans doute son éloignement – bien moindre que je ne l’avais imaginé, cependant, car en dépit de fréquentes coupures d’internet Peleliu et l’archipel des Palaos font partie désormais du monde globalisé, avec le sentiment que celui-ci procure de se trouver toujours et partout au même endroit –, sans doute son éloignement était-il pour quelque chose dans mon désir, d’ailleurs assez vague, de m’y rendre. Inexplicablement, car ce n’était pas tout de même la première fois que je sortais de chez moi, je m’étais représenté cet archipel, et cette île en particulier, tels qu’ils devaient l’être à l’époque où Melville, ou Stevenson, auraient pu les visiter.»

Magie de la littérature

Jean RolinAvec Peleliu, nous faisons la connaissance d’oiseaux, de poules, de coqs, de crabes, de bunkers, de trous inquiétants dans lesquels on peut se baigner, de zones à déminer, de bunkers, d’un flic d’Anchorage qui ressemble à Gene Hackman, d’arbres, de rochers, de chiots, de souvenirs de soldats, de couples de touristes russes ou tchèques… Téméraire, Jean Rolin, qui parcourt Peleliu à pied et à vélo, se rend également dans quelques îles voisines comme Omidkil ou Pavuvu, à peu près aussi inhospitalières que son point d’encrage.

Ce kaléidoscope, cet herbier, ce curieux mélange, Rolin le transforme en littérature par la grâce d’une écriture et d’une sensibilité qui avancent en liaisons et déliaisons. Comment fait-il ? Il y a là quelque chose de mystérieux ou de magique. On se souvient qu’il avait naguère, en 2009, métamorphosé une quête à travers le monde des chiens errants (dits aussi «féraux») en un chef-d’œuvre (Un chien mort après lui), il renouvèle la performance avec ce Peleliu, tranche de vie et d’humanité d’une saveur incomparable. Et c’est ainsi que Rolin est grand.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Peleliu, POL, 160 p.

Jean Rolin © H. Bamberger


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