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Jean Raspail déterre La Hache des steppes

12 Mar Publié par dans Littérature | Commentaires

La réédition d’un récit célébrant des peuples perdus et cependant bien vivants.

La hache de pierre noire, dont il est question dans le titre de ce récit publié en 1974, serait vieille de trois mille ans et n’aurait jamais quitté la famille de Jean Raspail. On n’est pas obligé de croire tout à fait l’auteur du Camp des Saints, mais il réussit pourtant au fil des pages à nous faire partager les histoires et les destinées rassemblées ici, celles de peuples perdus, de peuples «témoins du passé», de leur continuité et de leurs survivances. «Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende», entendait-on dans L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford. Jean Raspail procéda souvent de cette façon, par exemple dans Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie – personnage authentique finalement supplanté par sa version romanesque.

Jean Raspail © L. Giraudou - Opale

De fait, la fantaisie et le cocasse peuvent surgir dans La Hache des steppes comme lorsque l’écrivain part à la recherche des descendants d’Attila à Origny-le-Sec en Champagne, piste suggérée par son ami Jacques Perret… «Peu importe l’origine des fils qui relient au passé du moment qu’ils n’ont point cassé et qu’on a le cœur battant au cœur même de la toile, sensible à toutes ses vibrations aux extrémités les plus lointaines», précise Raspail qui exhume Aïnos blancs du Japon, Ghiliaks de Sakhaline, Wisigoths du Languedoc et autres tribus des Antilles ou d’ailleurs. Des hussards de la grande armée de Napoléon croisent les derniers Alakalufs de la Terre de Feu, les indiens Guanaquis côtoient des communautés chrétiennes du Japon au XVIème siècle. Jean Raspail saute par dessus les frontières et les siècles, ressuscite des minorités oubliées et disparues, parfois diluées dans «la grande foule moderne, anonyme, ignorante du passé et de l’avenir.»

Cœurs purs et âmes nobles

raspail«On dirait que ces peuples, refermés sur eux-mêmes en raison de leur condition tragiquement minoritaire, y ont justement puisé la force d’être fidèles et de rester plantés çà et là sur la surface de la terre comme des piquets – ou témoins – d’un arpentage historique», note Raspail chez lequel le romantisme du dernier carré ne compte pas pour rien. Et si d’ailleurs cette hache n’était rien d’autre que «le signe des vaincus» : «Lui avoir consacré toutes ces pages (sur tous les tons, on en conviendra) éclaire d’un jour funèbre le camp où je m’étais rangé. Qui sait si je le quitterai ? Il y a noblesse à s’obstiner. La compagnie s’y fait rare. Tous les autres ont le dos tourné. Ils n’ont plus de visage. Leshommes sont morts. Ceux qui les remplacent nous effraient.» Peut-être, mais Jean Raspail n’est pas de ceux qui désespèrent jusqu’au bout. Jusque dans les ténèbres, une petite lumière brille : «La hache des steppes, ce n’est pas forcément palpable. Cela peut se concevoir aussi comme une apparition immatérielle, perceptible seulement aux cœurs purs et aux âmes nobles.» L’histoire continue.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

La Hache des steppes, Via Romana, 255 p.

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