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Very bad trip

06 Mar Publié par dans Littérature | Commentaires

Thierry Marignac met en scène trois pieds nickelés de la défonce dans le Paris de la fin des années soixante-dix.

morphine«Trois mousquetaires en imper, cinq heures d’hiver dans le jour de ces années-là, qui tombait comme un suaire.» L’incipit de Morphine Monojet donne le ton, ou plus exactement le style. Car c’est bien le style qui fait le prix de ce roman dont l’intrigue est presque aussi mince qu’une feuille d’OCB. Nous découvrons trois jeunes gens – «le fils perdu», Al et Fernand – dans un Paris trouble, crépusculaire et encore populaire de la toute fin des années soixante-dix. Ces mousquetaires ont troqué l’épée pour la seringue, le rail, la ligne blanche ou la poudre brune, avec quelques joints afin de colmater les moments de latence entre deux trips. Chacun pour soi et tous contre les autres pourrait être la devise de ces soldats perdus de la défonce à la veille d’une époque où l’individualisme et «les dividendes des transactions truquées» prendront des tours inédits. Sid Vicious vient de mourir, Iggy Pop chante Lust for Life, mais le «No future» des punks se conjugue encore au présent. Sous la plume de l’auteur de Fasciste (1988) et de Renegade Boxing Clubà la Série noire (2009), Belleville prend des allures de Cour des miracles. Pour Al, le miracle se nomme «Morphine Monojet», une «seringue à coup unique, dose de cheval pour le soldat blessé, mutilé, agonisant» utilisée par les armées britanniques durant la Seconde guerre mondiale. Comment s’empare-t-il de ce Graal des junkies et quel usage en fera-t-il ? Il faudra lire le roman de Marignac, littérature pure et non coupée, pour le savoir.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Morphine Monojet, Éditions du Rocher, 155 p.

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