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Un été 47

03 Mar Publié par dans Littérature | Commentaires

Avec Nos années éperdues, François Bott signe une ode à la jeunesse et à l’amitié dans la France des années cinquante.

nosannesFrançois Bott est l’un de nos grands écrivains méconnus. Sans doute parce que dans sa riche bibliographie (il fit ses premiers pas en littérature en 1969 avec Les Saisons de Roger Vailland), il a privilégié les recueils de nouvelles, les récits, les essais, les portraits ou les exercices d’admiration au roman, genre «noble» par excellence. Pourtant, il y a toujours sous sa plume une délicatesse, une élégance, une finesse qui rendent reconnaissable entre mille l’auteur de Faut-il rentrer de Montevideo ? ou des Éclats de rire de la jeunesse à l’arrêt des autobus. Son nouveau roman, Nos années éperdues, illustre à merveille l’art et la manière de l’écrivain.

Jules Delmas, «ancien jeune homme», revient en Normandie, là où, à l’été 1947, il rencontra Raphaël. C’est le temps de l’adolescence, la vie et les grandes vacances se donnent «des airs d’éternité». Un coup de foudre de l’amitié rend les garçons inséparables. Dans le Paris du début des années cinquante, avec Jean-Christophe et le taciturne Stéphane, ils mettront au pot commun leur passion pour le Tour de France, le cinéma, la littérature et leurs héroïnes : Gene Tierney, Rita Hayworth, Constance Bonacieux, Anna Karénine, madame de Rênal… Camus et Sartre sont leurs idoles. Ils lisent aussi Vailland et Fitzgerald. Chet Baker et Gerry Mulligan donnent le tempo. Puis, il y a l’irruption d’une brillante petite sœur apportant «la preuve que la littérature était un mélange de grammaire et de battements de cœur» : «Sagan, c’était un peu nous, c’était même beaucoup de notre temps, les jours de notre vie. Elle avait notre âge. Elle était notre exacte contemporaine. Cette éternelle lycéenne devint notre émissaire dans l’univers des adultes.»

Dans le café de la jeunesse perdue

«L’un des traits de la jeunesse, c’est que, très évasive, elle s’en va sans prévenir», note François Bott. Pour ses «rêveurs abusifs», la fin de l’innocence se nommera guerre d’Algérie. Aux promenades nocturnes dans Paris succèdent les crapahutages dans les Aurès. Raphaël est le premier à endosser l’uniforme.

Nos années éperdues est une chronique à la fois intimiste et générationnelle où le récit douloureux et pudique de lourdes peines croise la radiographie d’un pays : «Après la guerre d’Algérie, la France avait continué d’être gouvernée par des vieillards bougons et rétrogrades, tandis que les gens de vingt ans rêvaient de voitures de sport et de machines à laver, en écoutant la musique insipide des yéyés.» Les personnages de Bott s’enthousiasment pour mai 68, crient «Dix ans, ça suffit !» et «CRS – SS», lorgnent vers le trotskisme, le maoïsme ou le situationnisme. Ils trouvaient la France gaullienne étriquée, étouffante. Les pauvres, ils n’avaient encore rien vu.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Nos années éperdues, Le Cherche-Midi, 96 p.

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