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Musiques engagée et à programme

22 Fév Publié par dans Musique classique | Commentaires

Toulouse; Halle-aux-grains,le 19 février 2016; Bohuslav Martinu : Mémorial pour Lidicie ; Karl Amadeus Hartmann : Concerto funèbre pour violon et orchestre à cordes ; Richard Strauss : Une symphonie alpestre,op.64 ; Isabelle Van Keulen, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse; Direction: Hartmut Haenchen.

Capables du meilleur comme du pire sont les hommes

Il y a u un monde entre la première et le deuxième partie de ce concert. D’abord deux oeuvres terriblement tristes et qui refusent la beauté pure. La première partition de Martinu est un Adagio pour grand orchestre faisant alterner et dialoguer un groupe d’instruments solistes et le reste de l’orchestre. Le tragique du massacre du village Tchèque de Lidicie est admirablement perceptible dans cette lugubre partition toute de douleur indicible devant l’abomination et d’espoir à peine perceptible. Moins de 10 minutes qui semblent s’étirer comme un malheur sans fin. La direction admirablement sobre de Hartmut Haenchen permet aux musiciens une perfection instrumentale qui prend des allures de glaciation. Aucun élément lyrique pour la douleur, des harmoniques étranges et des sonorités surprenantes presque dérangeantes eu guise de larmes. Pour le concerto funèbre pour violon et orchestre à cordes de Hartmann la très élégante violoniste néerlandaise Isabelle Van Keulen a fait une entrée remarquable.

Elle a su maitriser une sonorité opaque et dure pour évoquer la terreur et le désespoir total de cette étrange partition. Refusant toute effusion, tout phrasé lyrique, mettant la soliste a la limite de la rupture rythmique dans des contre temps impossibles, tout rend la partition austère voire traumatisante. Très concentrée, toujours a l’affut, la violoniste Isabelle Van Keulen a été parfaite dans cette douleur exprimée sans pathos mais avec une totale dignité. Comme Hartmann, compositeur allemand resté dans son pays sans collaborer a opposé toute son éthique à un gouvernement sans humanité. La maitrise des variations, des colorations et des sonorités de la violoniste a grandement impressioné le public.

Cette pièce rigoureuse et sans séduction touche par cette extraordinaire tenue face à l’abomination des Nazi.

Isabelle Van Keulen a retrouvé toute sa chaleur et son lyrisme dans une adaptation pleine d’enluminures de l’aria des variations Goldberg  qu’elle a semblé improviser pour nous.

Après ces deux partitions tragiques rendant compte des pires abominations dont l’homme est capable on ne pouvait espérer oeuvre plus belle et vivante que la symphonie alpestre de Richard Strauss. L’immense orchestre demandé par le compositeur pas loin de  120 musiciens a été réuni. Hartmut Haenchen a su insuffler à chacun une belle énergie constamment renouvelé pour  cette journée dans les sommets alpins. Musique à programme par excellence chaque didascalie du programme est savoureuse. Les instrumentistes ont tous brillé, absolument tous. A bras le corps Hartmut Haenchen a mobilisé les énergies. La marche a été héroïque, émue, panthéiste ou grandiose. Toutes les émotions face à la nature ont été magnifiées par cette interprétation de haute lignée. Le rapport respectueux et admiratif de l’homme face à la nature est ce qu’il a de plus grand. Après les horreurs de la guerre rien ne pouvait mieux nous rendre l’espoir. Harmut Haenchen a su organiser cette partition flamboyante avec une précision incroyable. Le tonnerre et le vent, les cloches de vaches, les cuivres tonitruants comme le quatuor le plus délicat; il a su mettre en valeur chaque moment. La salle de la Halle-aux-Grains a montré ce soir ses limites dans la manière dont les crescendi ont été saturés. Voici un concert qui aurait autrement mieux sonné dans une salle à la meilleure acoustique !

Ce grand chef qui pour la première fois sortait de la fosse à Toulouse a été plébiscité par le public. Nous savions par sa direction admirable de Tannhauser, Daphné et Elektra quel chef lyrique il était. A présent nous savons quel grand chef symphonique est Harmut Haenchen. Espérons qu’il reviendra bientôt a Toulouse.

Hubert Stoecklin

Compte-rendu concert.Toulouse; Halle-aux-grains, le 19 février 2016; Bohuslav Martinu (1809-1959): Mémorial pour Lidicie ; Karl Amadeus Hartmann (1905-1963) : Concerto funèbre pour violon et orchestre à cordes ; Richard Strauss (1864-1949) : Une symphonie alpestre,op.64 ; Isabelle Van Keulen,violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction: Hartmut Haenchen.

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