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Le retour d’X-Files

21 Fév Publié par dans Séries | Comments

La série culte des années 90 fait son retour ce jeudi 25 février sur M6 à 20h55 avec deux épisodes inédits.

C’est un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. La télévision française comptait six chaînes, Jacques Chirac n’était pas encore président, Internet en était à ses balbutiements, le téléphone portable était un gadget réservé à quelques privilégiés… Nous sommes en juin 1994 et la série X-Files débarque sur M6 un dimanche à 19 heures. En ce temps, malgré quelques exceptions (dont Twin Peaks de David Lynch), les séries télévisées sont largement considérées comme une sous-culture et des sous-produits loin de la noblesse du septième art. X-Files va bouleverser cela et devenir un objet de culte dans de nombreux pays. On s’enflamme pour les aventures de Fox Mulder et Dana Scully, agents du FBI chargés des « affaires non classées » (les « X-Files »), dont leurs enquêtes sur des tueurs en série, monstres divers et autres bizarreries paranormales accompagnent la quête essentielle : la révélation d’une conspiration internationale née aux Etats-Unis et liée à l’existence extraterrestre…

xfiles

L’Hexagone n’échappe pas à l’engouement qui va durer plusieurs années jusqu’à l’essoufflement de l’œuvre créée par Chris Carter au gré de neuf saisons riches de quelque 200 épisodes auxquels s’ajouteront deux long-métrages pour le cinéma en 1998 et 2008. À l’époque, on n’a guère le choix : pour suivre X-Files, il faut camper chaque vendredi soir, puis samedi soir, devant sa télévision (ou enregistrer les épisodes avec son magnétoscope) et attendre de longs mois avant de découvrir la saison suivante. La musique de Mark Snow, le tandem formé par la scientifique rationnelle et celui dont le mot d’ordre est « I want to believe », les petits hommes gris, l’homme à la cigarette, l’affaire Roswell, « La vérité est ailleurs » : tout cela entre dans la culture populaire. La série devient également un phénomène de société, relance la curiosité autour des OVNI et des extraterrestres, cultive l’ère des soupçons et le conspirationnisme sur l’air du « On nous cache tout, on nous dit rien ». Certains, comme Jacques Attali, s’en inquiètent. Ils n’avaient encore rien vu. Avouons-le, X-Files, ce fût quelque chose. Le Games of Thrones de la fin des années 90.

Puis, chacun a fait sa route. La télévision a plus accompagné les interprètes principaux – David Duchovny et Gillian Anderson – que le grand écran. Californication ou Aquarius pour lui, The Fall ou Hannibal pour elle. Chris Carter créa les séries Millenium et The Long Gunmen (spin-off d’X-Files) tandis que l’un de ses principaux scénaristes, Vince Gilligan, donna naissance à Breaking Bad et Better Call Saul. X-Files a laissé place aux Soprano, Sex and the City, Sur écoute, Six Feet Under, Deadwood, Rome, Mad Men, Boardwalk Empire, Homeland, House of Cards, The Walking Dead, Games of Thrones… Autres objets de culte désormais abordés avec révérence par la critique institutionnelle et consommés par un public quasi mondial.

Quatorze ans après sa neuvième saison, X-Files revient donc suscitant excitation chez les anciens fans et curiosité chez les autres. Ce retour, maintes fois évoqué, prend la forme de six épisodes (quand les saisons d’antan en comptaient entre vingt et vingt-cinq). Le générique est identique (musique comprise), les acteurs n’ont guère vieilli, les seconds rôles – ô combien importants – comme Skinner ou l’homme à la cigarette sont là aussi. Le premier épisode renoue avec la mythologie X-Files et éclaire la conspiration de révélations qui se voudraient éclairantes, mais qui, forcément, n’éclairent pas grand-chose. Scully est chirurgienne, Mulder on ne sait pas trop. Ils se retrouvent par l’intermédiaire de Skinner et d’un animateur d’un site Internet décidé à révéler les noirs desseins de ceux qui gouvernent réellement les Etats-Unis et la planète. Le deuxième épisode bifurque sur une enquête aux accents surnaturels (Mulder et Scully ont donc été réintégrés au bureau des affaires non classées reconstitué pour l’occasion…) alors que le troisième lorgne vers le cocasse et le loufoque. Sans négliger le grotesque. Nous avouons avoir arrêté les frais au quatrième épisode qui ne s’annonçait guère plus brillant. Dans son âge d’or, la série s’autorisait déjà ce genre de digressions et de changement de ton, mais là, avec seulement six épisodes, le procédé ne fonctionne pas ou plutôt ne fonctionne plus. Le monde a changé, les séries aussi et Chris Carter ressert les vieilles recettes d’il y a vingt ans. La même chose en moins bien, en réchauffé. On a l’impression de se retrouver face à un copain de lycée que l’on n’aurait pas revu depuis et qui ressasserait des histoires éculées. Bref, on est gêné d’être là. À quoi bon avoir sorti Mulder et Scully de leur retraite et de nos souvenirs pour un résultat aussi plat ? On ne sait pas trop. La vérité doit décidément être ailleurs…

Christian Authier

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