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Drieu, encore une fois

19 Fév Publié par dans Littérature | Commentaires

Aude Terray dresse dans Les Derniers jours de Drieu la Rochelle un portrait de l’écrivain collaborateur qui se suicida le 15 mars 1945.

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Moins d’un après l’entrée de Pierre Drieu la Rochelle dans la Pléiade et en attendant la réédition chez Bartillat, le 25 février, d’un volume rassemblant son essai Le Jeune européen et «autres écrits de jeunesse» (les recueils de poésie Interrogation et Fond de cantine ainsi que La suite dans les idées), l’auteur de La Comédie de Charleroi et de Gilles ressuscite sous la plume d’Aude Terray, auteur de biographies de Claude Pompidou et de Madeleine Malraux. Il ne faut cependant pas se fier tout à fait au titre de son récit car Les Derniers jours de Drieu la Rochelle dépasse largement le sujet annoncé pour brosser une sorte de biographie empruntant à la liberté romanesque.

Si les amateurs de Drieu, ayant lu les biographies de Dominique Desanti ou celle (la meilleure à ce jour) de Pierre Andreu et Frédéric Grover, n’apprendront pas grand-chose ici, ce texte constitue une parfaite introduction pour les néophytes. Le 11 août 1944, Drieu tente de se suicider en avalant un cocktail de médicaments, mais sa fidèle gouvernante, Gabrielle, le découvre inanimé. Par un extraordinaire concours de circonstances, ses deux ex-épouses, Colette Jéramec et Olesia Sienkiewicz, se retrouvent pour le sauver. Quelques jours plus tard, encore hospitalisé, Drieu récidive. Nouvel échec. Un petit cercle de proches va alors organiser la vie clandestine de l’écrivain dont les engagements politiques lui promettent une probable condamnation à mort.

Visages de Drieu

drieu grassetDurant huit mois, Drieu se cache, à Paris, à la campagne. Il rumine, il s’ennuie, il écrit, il reprend espoir, il ne voit pas d’issue. De cette étrange période naîtront le magnifique Récit secret et le roman Mémoires de Dirk Raspe. Les femmes de sa vie veillent sur le dandy collabo devenu un proscrit : Colette, Olésia et sa jeune sœur Kiszia (la dernière maîtresse), Suzanne, «Beloukia» (alias Christiane Renault, la femme de Louis Renault). Derrière les derniers jours et à travers des flashbacks, Aude Terray n’oublie rien : l’expérience de la Grande Guerre, la conversion au fascisme, l’antisémitisme qui ressemble chez lui à une maladie infantile contractée à l’âge adulte (les pires des maladies), le romancier taraudé par la hantise de l’échec et la haine de soi, la prise de la NRF sous l’Occupation, les amitiés fidèles ou contrariées (Berl, Malraux, Aragon, Paulhan, Victoria Ocampo…). «Se heurter enfin à l’objet», pouvait-on lire à la fin du Feu follet dont le héros, inspiré par Jacques Rigaut, se suicide. Le 15 mars 1945, Drieu réussit son départ. À sa gouvernante, il a écrit un petit mot : «Gabrielle, laissez-moi dormir cette fois.»

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Les Derniers jours de Drieu la Rochelle, Grasset, 240 p.

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