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Autobiographie musicale pour tous

16 Fév Publié par dans Littérature | 1 commentaire

Dans Basse Fidélité, Philippe Dumez consigne ses souvenirs de passionné de musique. Un livre personnel aux accents universels.

En se plaçant sous la double tutelle de Nick Hornby (Haute Fidélité) et de Georges Perec (Je me souviens), Philippe Dumez indique clairement le sillon, voire les microsillons, que va creuser sa plume alerte, douce, malicieuse au gré de fragments composant une sorte d’autobiographie musicale. Car, qu’il s’agisse de cinéma ou de musique pop (au sens large), arts «jeunes» et cultures populaires dans lesquels beaucoup d’entre nous ont baigné dès leur plus tendre enfance, les passionnés se heurtent vite au temps, aux souvenirs, à une certaine nostalgie transcendée par le plaisir de la découverte. C’est précisément cette matière qui fait le prix de Basse Fidélité égrenant des réminiscences comme autant de petites bombes à fragmentation résonnant dans la mémoire du lecteur.

Philippe Dumez

Chez un boulimique, un fanatique, un collectionneur de musique(s) de ce genre, l’exclusive n’a pas sa place. Il écoute et a écouté les grands classiques, les artistes cultes, les inconnus, les méprisés, les branchés, les fausses valeurs. Il a exploré tous les genres, ne négligeant même pas la variété italienne qui fit les grandes heures du Top 50 (Valerie Dore, Ken Laszlo, Gazebo…) avec son toc, son mauvais goût et cependant qui dégageait une mélancolie émouvante derrière les bluettes synthétiques.

Passion et autodérision

Philippe DumezLes souvenirs de Dumez épousent les évolutions technologiques (Les années vinyle, Les années laser, Les années MP3, Les années streaming) dont il note certains dommages collatéraux : «à l’apparition du CD, je perds la connaissance des titres des chansons : elles sont réduites à leur numéro. Et puis, dix ans plus tard, avec l’apparition du mp3, je n’ai plus aucun repère : plus de titres, plus de numéro. C’est à peine si je connais le nom du groupe.» Ce qui n’empêche pas le vinyle, mort et enterré, de renaître de ses cendres. On ne peut que se réjouir que l’obsolescence programmée connaisse des ratés, à moins qu’il ne s’agisse de l’ultime ruse du marché : nous faire à nouveau acheter, plus cher, ce dont nous nous étions débarrassés hier…

Trevor Horn, Certain General, Dinosaur Jr, Jonathan Richman, Paddy McAloon ou Josh Rouse (pour ne citer que des groupes ou artistes pour happy few) apparaissent. Des plaisirs refoulés remplacent avantageusement des admirations convenues : «Le jour où je me rends compte que je prends dix fois de plaisir à réécouter The Cars que The Fall, ma vie bascule et je me réconcilie avec l’adolescent qui veillait pour regarder Boulevard des Clips.» À un moment, Philippe Dumez se demande pourquoi personne ne parle de musique dans les magazines «en écrivant à la première personne, avec passion et autodérision.» Peu importe, lui a adopté ce style et l’on ne s’en lasse pas.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Basse fidélité, Le Mot et le Reste, 160 p.

Le Blog de Philippe Dumez

Philippe Dumez © Benoît Grimalt

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Un commentaire

  • M.Pat dit :

    c’est grâce à Philippe Dumez que je vous ai découvert via « dernières séances ». Dans ce recueil vous évoquiez avec passion un bon nombre de film que je tiens en haute estime et pour certains vus dans des cinémas toulousains… A présent c’est vous qui chroniquez Dumez. La boucle est bouclée, un cercle vertueux…

    PS : en vacances toulousaines j’ai pris un grand plaisir à la vision d »el clan » à l’ABC. L’avez vous vu ?


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