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Vivre et mourir à Los Angeles

13 Fév Publié par dans Séries | Comments

La deuxième saison de True Detective, disponible en DVD et Blu-ray, est un véritable chef-d’œuvre.

L’une des conventions et l’un des snobismes de la critique consistent à brûler  le lendemain ce que l’on a adoré la veille. La seconde saison de True Detective n’a pas échappé chez nous à ce cliché («Un naufrage» selon les crétins des Inrocks pour ne citer qu’eux). La première de cette série produite par HBO fut l’événement télévisuel – avec Fargo de Noah Hawley – de l’année 2014 et considérée unanimement comme un chef-d’œuvre. Créé par le jeune écrivain Nic Pizzolatto (dont l’excellent premier roman, Galveston, a été publié en France), True Detective mettait en scène Matthew McConaughey et Woody Harrelson en inspecteurs à la recherche d’un tueur en série, dans une Louisiane aussi baroque que crépusculaire, devant la caméra du talentueux Cary Fukunaga (Sin NombreJane Eyre). Rien de tout cela pour la saison deux qui, selon le principe de l’anthologie, promettait nouveaux personnages, nouveaux décors, nouvelle intrigue.

true detective

Direction donc Los Angeles (ou plus précisément des petites villes voisines de la mégalopole) avec au casting Colin Farrell, Vince Vaughn, Taylor Kitsch et Rachel McAdams. Derrière la caméra, le stylisé Fukunaga laisse la place à Justin Lin (réalisateur de plusieurs films de la saga Fast & Furious) pour les deux premiers épisodes et à des artisans moins renommés (John Crowley, Daniel Attias…) pour les autres. Bref, tout semblait, sur le papier, propice à un naufrage sauf que Pizzolatto a surmonté les apparents handicaps.

Entre Michael Mann et Sidney Lumet

Il a d’abord transformé trois «bourrins» (Colin Farrell, Vince Vaughn et Taylor Kitsch) en acteurs bouleversants pendant que Rachel McAdams et Kelly Reilly sont formidables. Quant à Los Angeles, théâtre éculé de milliers de films et de romans noirs, elle prend des visages inattendus : friches industrielles, déchetteries, zones polluées… L’histoire ? Un notable trouble est retrouvé assassiné, le corps mutilé, et trois policiers de différents services vont enquêter sur le meurtre sous l’égide d’un mafieux local tandis que des magouilles immobilières se déploient.

Chacun des flics (Colin Farrell, Vince Vaughn et Rachel McAdams) est un désastre ambulant, charriant son lot de fantômes, de vices et de psychoses. La corruption semble avoir tout gangréné, l’innocence est profanée, les enfants paient les fautes de leurs pères, la mort apparaît comme un moindre mal… La saison deux de True Detective est un véritable uppercut. Les répliques font mal («La différence entre les sexes, c’est que l’un d’eux peut tuer l’autre à mains nues», «Parfois, ce qu’on a de pire en soi est le meilleur»), Los Angeles n’a jamais été filmé comme cela, tous les acteurs sont géniaux. Aucune concession n’est faite. On n’avait rien vu d’aussi bluffant dans les scènes d’action que «le massacre de Vinci» depuis le braquage raté dans Heat de Michael Mann. L’ombre de ce dernier et de Sidney Lumet plane sur True Detective. Comment appelle-t-on cela ? Un chef-d’œuvre.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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