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A la VII ième Biennale du quatuor à cordes de Paris : quatre chroniques de concerts en hommage à Gil 2

07 Fév Publié par dans Musique | Commentaires

Compte rendu concert. Philharmonie de Paris, Biennale de quatuors à cordes. Paris ; Amphithéâtre, le 23 janvier 2016 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quatuor à cordes n°16 en mi bémol majeur K.428 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n°11 en fa mineur op.122 ; Jean Sibelius (1865-1957) : Quatuor à cordes  ne ré mineur « Voces intimae » op.56 ; Quatuor TETZLAFF : Christian Tetzlaff et Elisabeth Kufferath, violons ; Hanna Weinmeister, alto ; Tanja Tetzlaff, violoncelle ;

Le Quatuor TETZLAFF : La puissance de l’expression

Ce concert du soir est celui d’un grand soir, par de grands, de très grands musiciens.
C’était le dernier concert du soir de la Biennale 2016, (seul 11h et 15h étant les horaires du dimanche, le lendemain).
Se parant à chaque concert de couleurs différentes la couleur chaude de l’arrière scène, en orangé était particulièrement bien choisie pour ce concert très applaudi et surprenant à plus d’un titre.

D’abord le Quatuor Tetzlaff n’est pas un quatuor au sens classique. C’est le frère Christian et la soeur, Tanja, lui au violon, elle au violoncelle, qui sont les Tetzlaff.  Eminents solistes chacun fait une entaille dans sa carrière personnelle pour retrouver le plaisir de la musique de chambre qu’ils ont connu dans leur enfance. Deux amies s’adjoignent chaque fois au frère et à la soeur afin de former un quatuor comme il n’en existe aucun autre. Depuis près de 20 ans ce quatuor joue donc régulièrement et trop rarement avec un succès retentissant.
Le programme de ce soir a débuté par le quatuor de Mozart dédié à Haydn le plus singulier. Jamais très stable dans les sentiments qu’il véhicule l’interprétation des Tetzlaff en a majoré le mélange inimitable de sourire et d’ yeux humides si caractéristique de Mozart, le plus sensible des musiciens classiques.
Le premier mouvement est tout en discussions, propositions et équilibre. Les nuances sont très agréablement dessinées dans une perfection d’élégance. L’alto de Hanna Weinmeister ayant une présence chaleureuse centrale que violons et violoncelle allègent ou assombrissent. Le deuxième mouvement est de miel, comme l’amitié sans rivalités entre Haydn et Mozart. La douceur du contre chant de Christian Tetzlaff au violon 1 sur le violon 2 d’ Elisabeth Kufferath au thème, décrit combien cette douceur et cette beauté sont porteuses d‘émotion. La différence de phrasé à la reprise dit mieux que de longs discours ce qu’est la variation et le gout exquis qui seul permet d’atteindre cette plénitude. Le Menuet est plein d‘accents champêtres voir un peu paysans dans une danse plus endiablée que sage. Christian Tetzlaff n’ayant pas peur de faire un peu crin-crin par jeu, lui qui a des qualités de coloriste d’une beauté incroyable. Le final virevolte et rebondi comme la vie, avec des moments plus introvertis.
Un épisode mozartien proche de l’idéal en terme de diversité, d’inventivité et de perfection.

Le Onzième quatuor de Chostakovitch a une histoire terrible à la fois deuil du deuxième violon du quatuor préféré du compositeur, le Quatuor Beethoven. C’est également lors du concert qui vit la création de ce Onziéme quatuor que Chostakovitch fit sa dernière apparition comme pianiste sur scène. L’émotion du concert dans lequel le quatuor fut entièrement bissé le terrassa par un infarctus qui lui laissa une fragilité extrême.
L’interprétation par les musiciens ce soir a été portée par une émotion indicible dans une perfection instrumentale incroyable. Les mouvements s’enchainent sans rupture de solution de continuité et des images fortes restent en mémoire.
La plainte du début comme dévitalisée saisit, seul le premier violon ose s’affirmer un peu et vibrer,  relayé par l’alto. Les hurlements de douleurs terribles glacent le sang puis la frénésie de l’Humoresque évoque une fuite éperdue devant la mort. Il y a dans cette oeuvre ce soir comme un théâtre de la mort, un Requiem d’abord porté par les cordes graves lugubres, puis une berceuse de la mort dans une plainte déchirante. L’effet de sourdine du violon 2, symbolisant sa mort permet de effets fantomatiques, celle de la présence d’un spectre aimé au delà du temps des hommes. Chostakovitch d’abord par cet hommage aux interprètes du Quatuor Beethoven qu’il aimait tant et ce soir les interprètes au service de ce génie, lui rendent à leur tour un vivant hommage. Le vertige saisit l’auditeur-spectateur devant tant de concentration et tant de musique complexe si incarnée. Par cette rigueur instrumentale et une intimité dans la compréhension de l’oeuvre, les Tetzlaff nous la rendent facile à comprendre et presque familière. Du grand art !
Après l’entracte le quatuor de Sibélius a été pour beaucoup une vraie découverte. Le compositeur Finlandais étant plus connu pour ses vastes symphonies, ses concertos ou ses poème symphoniques. Son unique Quatuor “ Voces intimae” est un chef d’oeuvre incontournable. Le Tetzlaff se sont engagé dans une interprétation vibrante, échevelée et passionnée, avec une sonorité ample, des phrasés larges, des nuances marquées et des couleurs d’une richesse infinie.
Dans le premier mouvement le duo violoncelle-violon réuni le frère et la soeur avec une communion de beauté sonore et de phrasés appariés d’un évidence incroyable. Personne ne peur résister à ce début d’une si inquiétante beauté. Le mouvement se développe avec évidence, le Sherzo enchainé directement est une course poursuite nuancée et pleine de fantaisie. Le troisième mouvement, sommet expressif de l’oeuvre permet aux qualités lyriques et solistes des musiciens de se développer dans une ampleur quasi symphonique. Christian Tetzlaff sera victime d’un accident terribles. Sa corde cassée ( par tant de chaleur dans son jeux ?) le forcera à courir réparer l’instrument avant de reprendre ce mouvement avec pour le public outre le rappel des aléas de la musique vivante, la conscience du danger,mais aussi de tout ce qu’un tel moment de vie contient: l’intensité du partage de ce concert,  en ce qu’il a de  plus que précieux. Le final endiablé, virtuose, mêlant inspiration populaire et composition savante se termine dans une accélération qui donne le vertige . Le public enthousiasmé fait la fête à ces musiciens incomparables et obtient en bis le menuet élégantissime du quatuor en ré mineur de Mozart.
Une fête du son, de l’émotion, de l’intelligence interprétative mais surtout du coeur. Merci aux musiciens du Quatuor Tetzlaff ! Merci à la Biennale de Paris qui produit de tels instants magiques et aux preneurs de  sons qui permettent d’en garder trace, et même l’image sur le site de la philharmonie de Paris.

Hubert Stoecklin

Lien vers Francemusique: pour écouter ce magnifique concert

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