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Sur la piste des Osages

17 Jan Publié par dans Littérature | 1 commentaire

Dans son premier roman, Le Voyage chez les Yeux-Pâles, le journaliste toulousain Philippe Brassart raconte l’incroyable et authentique histoire de six Indiens du Missouri perdus dans la France du XIXème…

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Le 27 juillet 1827, l’arrivée de six Indiens de la tribu des Osages, ayant «abandonné volontairement leur sauvage patrie et fait abdication momentanée de leur indépendance pour venir en France», ainsi que l’écrivait Le Journal du Havre, ne passa pas inaperçue. Le petit groupe, quatre hommes et deux femmes, faisait partie des nostalgiques de la présence française, depuis que Bonaparte avait vendu la Louisiane en 1803, et avait formé le projet de «rendre visite aux Français dans leur tribu». Deux hommes vont accompagner les Indiens dans leur périple : David Delaunay, né en Bretagne et naturalisé américain, qui servira de «conducteur», ainsi que Paul Dubois officiant en tant que traducteur.

Auréolés d’exotisme, les Osages suscitent d’abord la curiosité jusque dans la belle société et au sommet de l’État puisque le roi Charles X leur accorde une audience. Ces «sauvages» venus du Nouveau Monde découvrent les étranges coutumes des «Yeux-Pâles» et leur conception de la civilisation, par exemple à travers cette curieuse machine, baptisée guillotine, que l’on considère comme un progrès dans l’exécution des peines capitales… Cependant, le Royaume de France se lasse de ces Peaux-Rouges devenus indésirables, mais Delaunay et Dubois peuvent encore les exhiber lucrativement à Bruxelles, au Wurtemberg, dans la Confédération helvétique, avant de les abandonner si loin de chez eux. Commence alors une longue errance où les Osages devront affronter la misère et les tromperies avant de croiser quelques âmes charitables.

Du Nouveau Monde à Montauban

brassart2C’est une histoire belle et tragique, picaresque et pathétique, que retrace Le Voyage chez les Yeux-Pâles. Se fondant sur des faits réels et une solide documentation, Philippe Brassart renoue ici avec la grande tradition du roman-feuilleton. Le récit caracole, enchaîne des épisodes inattendus que l’on ne dévoilera pas. Disons que La Fayette jouera un grand rôle dans le destin de ces Indiens de même que Louis-Guillaume Dubourg, ancien évêque de Louisiane et des Deux Florides devenu celui de Montauban. Au gré de leur incroyable périple de plusieurs années en Europe, les Osages auront rencontré «des rois, des sages et des fous».

Si la plume de Philippe Brassart est vive, nerveuse, portée par un rythme et une énergie assez cinématographiques, il se dégage néanmoins du Voyage chez les Yeux-Pâles une certaine mélancolie. On songe à des livres de Jean Raspail, qui écrivit sur les Peaux-Rouges et surtout sur les Alakalufs, ces Indiens de la Terre de Feu aujourd’hui disparus. À un moment, un colonel du Bureau des affaires indiennes avoue à nos héros : «la civilisation, peut-être, n’est pas faite pour vous, et je redoute que celle-ci finisse par vous tuer. Oui, c’est inévitable, les Blancs vont s’avancer, couper les arbres de vos bois, faire fuir votre gibier, et votre race, peu à peu, s’éteindra après que votre langue, vos danses auront été interdites. Oui, le monde moderne frappe déjà à votre porte.» Au final, le roman n’est pas aussi crépusculaire. Brassart préfère nous dire que rien ne finit jamais vraiment, que la mémoire et la transmission font leur œuvre. Son livre en est une belle preuve.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Le Voyage chez les Yeux-Pâles, préface de Marc Levy, éditions Michel Lafon, 362 p.

 

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Un commentaire

  • J’ai bien apprécié la lecture de ce bel article tout comme celle du roman de Philippe Brassart que je m’empresse de recommander.

    Ce qu’il y a d’encore plus étonnant dans cette histoire c’est qu’une association de Montauban, Oklahoma-Occitania, dont je suis le fondateur a retrouvé le contact (en Oklahoma) avec les descendants de ces Osages perdus. Depuis 1989, cela fait donc plus de vingt-six ans, les Montalbanais se sont habitués à voir séjourner des visiteurs osages (plusieurs centaines) qui viennent « marcher sur les traces des mocassins de leurs ancêtres ». Montauban est même jumelée avec Pawhuska, la capitale administrative de la tribu en Oklahoma. Pour ceux que cela intéresse, plusieurs autres écrits sur le sujet ont été – ou vont l’être – publiés :
    – mon récit : « Du Missouri à Montauban »
    http://oklahoccitania.canalblog.com/archives/2015/08/29/32544874.html

    – un ouvrage historique « Les Indiens Osages » (éd Nuage Rouge) de Marie-Claude Feltès-Strigler, maître de conférences à Paris III – Sorbonne nouvelle ; également membre d’OK-OC. Le livre sera en libairie le jeudi 18 février

    – un bel article dans le n°2 (décembre 2015) du magazine toulousain « Boudu »
    Les Osages, donc, reviennent ainsi à la mode en France. Tel était le but que nous nous étions fixé.

    Enfin, pour suivre l’actualité de nos échanges culturels voici l’adresse du blog de l’asso OK-OC : http://oklahoccitania.canalblog.com


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