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Le beau retour de Rocky

15 Jan Publié par dans Cinéma | Commentaires

Sylvester Stallone endosse une nouvelle fois le rôle du boxeur Rocky Balboa dans un film formidable du jeune prodige Ryan Coogler.

Creed : L’Héritage de Rocky Balboa

Creed : L’Héritage de Rocky Balboa est d’abord à conseiller à ceux qui ne sont pas fans de la saga «Rocky» (six films de 1976 à 2006) car ils rateraient une œuvre qui – bien que s’inscrivant dans la mythologie de ce héros américain – se suffit à elle-même et possède ses propres qualités. Le mérite en revient notamment au réalisateur, Ryan Coogler, Noir américain de vingt-neuf ans dont le premier long-métrage, Fruitvale Station, fît sensation aux festivals de Sundance, de Cannes et de Deauville en 2013. Sa mise en scène élégante, sans fioritures, renoue avec le plus beau des classicismes hollywoodiens. Si les nombreuses scènes nocturnes évoquent le grand Michael Mann, c’est dans le sillon du cinéma des années 70, notamment celui de Sydney Pollack, que Creed s’installe tout en déployant sa singularité.

Performance d’autant plus remarquable que Ryan Coogler (coscénariste avec Aaron Convington) hérite – sans jeu de mots – d’une longue histoire et d’un personnage iconique qu’il doit s’approprier en les prolongeant. Le scénario a la simplicité des grands récits. Adonis Johnson, jeune noir à l’enfance et à l’adolescence agitées, est le fils naturel d’un homme mort avant sa naissance : le champion du monde poids lourd Apollo Creed, adversaire puis ami d’un autre champion, Rocky Balboa, qui l’épaula jusqu’à son dernier et fatal combat. Avec ce père mort sur le ring, Adonis partage la passion pour la boxe qu’il pratique en livrant des combats illégaux au Mexique. Un jour, il décide de quitter Los Angeles pour retrouver à Philadelphie le célèbre Rocky Balboa et lui demander de devenir son entraîneur…

À suivre

Dans ce canevas conventionnel, Creed : L’Héritage de Rocky Balboa distille des scènes intimistes où apparaissent la mère adoptive d’Adonis ou sa petite amie Bianca, chanteuse et musicienne condamnée par une maladie à perdre l’ouïe. Les violons du mélodrame pourraient s’inviter, mais ici les grandes douleurs sont hors champ ou à peine effleurées à l’image de Balboa visitant ses morts au cimetière. Le film parle peut-être plus du temps qui passe, de l’apprentissage et de la transmission que de la boxe. Évidemment, celle-ci n’est pas absente et deux combats l’illustrent : le premier bref, le second d’une intensité incroyable.

Lors de celui-ci, Ricky Conlan, rugueux boxeur venu de Liverpool, véritable «working class hero» selon l’expression chère aux britanniques, affronte dans une rencontre ultra médiatisée Adonis Johnson, devenu Adonis Creek, qui ne doit sa place qu’à sa prestigieuse ascendance. Avec le souffle du romanesque et le réalisme du documentaire, Creed est porté par des acteurs tous d’une justesse émouvante. Il faut ainsi voir Stallone charrier sa carcasse vieillissante et son visage buriné en égrenant de sa voix pleine de gravier des dialogues au cordeau. Quant à Michael B. Jordan, découvert dans les séries Sur écoute et Friday Night Lights, avant de devenir l’un des héros des Quatre Fantastiques en 2015, il risque – à l’instar de son personnage – de faire de l’ombre à son célébrissime homonyme. Surtout, première bonne nouvelle cinématographique de l’année 2016, Creed nous avertit : il va falloir suivre ce Ryan Coogler de près…

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Creed : L’Héritage de Rocky Balboa de Ryan Coogler avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson. Durée : 2h11

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