Close

Les salopards, les brutes et les truands

14 Jan Publié par dans Cinéma | Commentaires

Après Django Unchained, Quentin Tarantino revient avec un nouveau western, Les Huit salopards, tout aussi décevant.

TIM ROTH - KURT RUSSELL et JENNIFER JASON LEIGH - Les Huit salopards

On avait quitté Quentin Tarantino, voici exactement deux ans, en petite forme avec Django Unchained qui ressemblait à un médiocre pastiche de son cinéma, le politiquement correct en plus. Le revoici avec un nouveau western dont le titre (The Hateful Eight en version originale) annonce le programme. Parmi les mille et fécondes influences du réalisateur, on connaissait celle de Sergio Leone. Elle apparaît clairement revendiquée ici, aussi bien avec la galerie de brutes et de truands convoqués pour l’occasion qu’avec la musique originale composée par le mythique Ennio Morricone.

Des huit affreux, on découvre d’abord le chasseur de primes John Ruth (Kurt Russell), dit Le Bourreau, dont la diligence convoie vers la ville de Red Rock la dénommée Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh) afin qu’elle y soit pendue. À travers les plaines et les collines d’un Wyoming enneigé et sous la menace de tempêtes, le convoi croise la route d’un autre chasseur de primes, le Major Marquis Warren (Samuel L. Jackson), un Noir ayant combattu dans les rangs nordistes durant la guerre de Sécession, puis de Chris Mannix (Walton Goggins), le nouveau shérif de Red Rock, qui prennent place à leur tour dans la diligence. Face au blizzard, le quatuor fait escale dans une mercerie dont la propriétaire et son mari semblent s’être absentés. En revanche, quatre hommes mystérieux sont dans la boutique qui va se transformer en auberge…

Boursouflure et vacuité

Les Huit salopardsQue de chemin parcouru par Quentin Tarantino depuis 1992 et le choc créé avec Reservoir Dogs, son premier coup de maître. Une Palme d’Or pour son deuxième film Pulp Fiction en 1994, puis suivirent Jackie BrownKill Bill I & II,Boulevard de la mortInglourious Basterds et Django Unchained – autant d’œuvres baignant pour la plupart dans un amour fou du cinéma et des comédiens, opéras bluffant de virtuosité tant visuelle que narrative. Paradoxalement,Les Huit salopards renoue en partie avec Reservoir Dogs puisque l’on retrouve huit personnages dans un quasi huis clos qui tourne au jeu de massacre, une violence lorgnant sur le gore, de longs dialogues, des flashbacks et même deux acteurs (Tim Roth et Michael Madsen).

Ces motifs communs suffisent à mesurer ce qui sépare le Tarantino des origines à celui d’aujourd’hui. Son cinéma s’est embourgeoisé, boursouflé, perdu dans une démesure de moyens et d’effets. Si Inglourious Basterds demeurait un spectacle totalement jubilatoire, une certaine vacuité pointait déjà le bout de son nez avant de virer à l’auto-parodie pesante de Django Unchained. Ces deux derniers longs métrages ayant été ses plus gros succès publics, le réalisateur a désormais toute latitude pour confectionner de gros gâteaux indigestes s’étirant inexorablement – travers que la durée sans cesse exponentielle des films (2h33 pour Inglourious, 2h44 pour Django, 2h47 pour Les Huit salopards) traduit à sa façon. Tel un gamin gavé de jouets, Tarantino s’amuse, mais tout seul. Ainsi, à quoi bon avoir tourné en 70 mm Ultra Panavision alors que quasiment plus aucune salle n’est équipée pour projeter ce format de pellicule ? De plus, utiliser ce «super cinémascope» afin de filmer un huis clos équivaut en quelque sorte à prendre une Formule 1 pour aller acheter le pain au bout de la rue…

Par ailleurs, il faut attendre presque une heure et demie, supporter la présentation – aussi interminable que répétitive – des personnages au gré de dialogues creux et de scènes inutiles, pour que le règlement de comptes promis démarre. Le film bifurque alors vers le suspense criminel, entre Dix petits nègres d’Agatha Christie et Cluedo, mais l’hémoglobine ne suffit pas à ranimer l’intérêt. Plus surprenant encore : même les acteurs sont décevants, piégés dans des rôles si caricaturaux que le cabotinage le plus échevelé – et dont le maître-étalon avait été donné par Leonardo DiCaprio dans Django – paraît être la seule issue. Certes, le grand public découvrira Walton Goggins (génial interprète de la série Justified) ou Demian Bichir (vu dans les séries Weeds et The Bridge), mais loin de leur meilleur niveau. Bref, un gâchis rare. Un vrai travail de salopard…

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Les Huit salopards de Quentin Tarantino avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh. Durée : 2h48.

Partager : Facebook Twitter Email

 


Christian Authier Plus d'articles de