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Quand la puissance est toute au service de la musique c’est un état de grace !

19 Déc Publié par dans Musique | Commentaires
Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 7 décembre 2015; Jean Sibelius (1865-1957): Kyllikki, trois pièces lyriques op.41; extraits des cinq pièces pour le piano op.75 et des cinq esquisse, op.114; Ludwig van Beethoven (1770-1827): sonate n°18,op.31,n°3 ; Claude Debussy (1862-1918): Estampes, la soirée dans Grenade ; Etudes n° 7,11et 5; Frédéric Chopin (1810-1849): Impromptu op.29; Etudes en la bémol majeur ; Nocturne op. 15 n°1; Quatrième ballade op.52; Leif Ove Andsnes, piano.

Le cycle de concert Les grands interprètes ont ce soir invité un géant du piano. Leif Ove Andsnes est non seulement un grand homme mais surtout un immense musicien, … véritable poète comme bien peu de pianistes peuvent l‘être. Une maitrise technique hors paire sidère et laisse sans voix mais surtout une intelligence musicale permet à l’auditeur de comprendre la construction des pièces interprétées et le sens du discours musical. Aucune esbroufe, aucune manière de briller. Tout cet art majeur est mis au service des compositeurs du programme.

Andsnes : Grandeur de la puissance maitrisée

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Sibelius d’abord, compositeur pour le piano quasiment ignoré est ce soir interprété avec panache. La légende nordique de Kyllikki en trois pièces aux sonorités étranges narrent une épopée que le pianiste rend passionnante. Le piano sonne large et puissant évoquant avec couleurs, la vastitude nordique, sa nature si généreuse. Chez Beethoven, le son du piano change complètement comme plus concentré et plein. La Sonate n°18 est très heureuse et presque rieuse avec beaucoup d‘humour. Andsnes nous réserve des trésors de toucher d’une délicatesse incroyable. Précision rythmique, fraîcheur des phrasés, variété de couleurs. Une admirable mise en valeur de la construction de chaque mouvement et de l‘architecture de la Sonate par  Andsnes prouve qu’il est un Beethovénien accompli. On sait le tour du monde triomphal qu’il vient de terminer avec les Concertos pour piano de Beethoven et le Mahler Chamber Orchestra.

C’est avec les pièces de Debussy que l’originalité de l’interprétation du pianiste est la plus sidérante. A-t-on déjà entendu les études pour les degrés, les arpèges composés et les octaves avec tant de musicalité ?   Le pianiste Norvégien rend à Debussy une puissance exceptionnelle, mise entièrement au service de la musicalité la plus rare. La virtuosité comme moyen d‘expression suprême ! Et à nouveau le son du piano a changé comme si l’instrument était différent. Il est à présent lumineux et pur.

Les pièces de Chopin seront pour beaucoup le sommet de la soirée. Un Chopin virtuose mélancolique qui sonne sombre sans évanescence, mièvrerie ou afféterie. Un Chopin viril et délicat à la fois. Un legato de rêve, des sonorités chaudes ou glaciales, des changements de climats vertigineux. Le voyage dans le paysage de Chopin est complètement pénétrant. Et à nouveau cette intelligence de la construction de chaque pièce, cette mise en lumière de toute la structure. La puissance de l’intelligence guide une interprétation aboutie de pièces très connues redécouvertes ce soir.

Les deux bis offerts aux applaudissement généreux du public ont été de Chopin : une Etude et la Polonaise héroïque, prolongeant cette fête de la musicalité. Ce concert a apporté beaucoup de plaisir aux auditeurs. Intelligence, virtuosité, poésie ont irrigué le programme. La gestion de la puissance si considérable a été mise au service de la seule beauté de la musique, en une leçon d’éthique précieuse en nos temps troublés.

Par Hubert Stoecklin pour Classiquenews.com

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