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Paris, de A à Z

19 Déc Publié par dans Littérature | Comments

Un mystérieux Paul de Vallonges signe un délicieux et cruel Abécédaire du Tout-Paris épinglant personnalités de toutes sortes.

Illustration d’Audrey Bussi

Pour oublier, un moment, les temps de poudre et de sang où nous sommes, on pourra se reporter avec bonheur sur l’Abécédaire du Tout-Paris que vient de publier un certain Paul de Vallonges. Les mondes du spectacle, du cinéma, des affaires, de la télévision, de la littérature, de la mode ou de la gastronomie fournissent la matière de cette galerie de brefs portraits louangeurs ou au vitriol. On croise aussi quelques mondains d’hier et d’aujourd’hui, des importants et des insignifiants, des références pour happy few et des icônes, des bêtes de scène et des vaches sacrées, des chiens savants et de drôles de zèbres. Si cet Abécédaire est éminemment contemporain, des clins d’œil à un dandysme d’autrefois s’invitent. Comment évoquer La Closerie des Lilas, Le Flore ou Le Palace en ignorant que la seule magie de ces lieux est aujourd’hui à conjuguer au passé ?

Il y a dans ces pages un esprit très parisien, donc très français, jusque dans le mauvais esprit. Certains précieux et ridicules ne s’en relèvent pas et l’on ne résiste pas au plaisir de citer un petit florilège des saillies de Monsieur de Vallonges : de Booba («Rappeur crétin, comme un lapin») à Jacques Séguéla («Vieux fils de pub toujours trop bronzé et homme à Rolex») en passant par Kouchner («Bombardier sans frontières»), Luchini («A mis Philippe Muray à la portée des caniches»), Patrick Pelloux («Veuf officiel de Charb et de Charlie Hebdo»), PPDA («Personnage d’un roman qu’il n’écrira jamais»), Philippe Val («En lice, avec Robert Ménard pour la palme de la tête qui fait peur aux enfants») ou le PSG («Enclave qatari en région parisienne»).

Coups de griffe et douceur

vallongesÉvidemment, Paris ne serait pas Paris sans quelques détours germanopratins. Voici donc Philippe Sollers («A écrit des livres par dizaines ou centaine. Quel rapport avec la littérature ? évidemment aucun, mais il appartient à la magie de l’imposture d’en nimber la nullité») ou Charles Dantzig («Dandy de foires du livre»). Avec son œil laser, Paul de Vallonges repère le détail que l’on avait vu sans le voir, à l’instar des «cravates de concessionnaire automobile» de Manuel Valls. D’autres fois, l’analyse ne s’arrête pas aux apparences, ainsi avec Matthieu Pigasse : «Associé gérant chez Lazard (une banque), propriétaire de journaux et magazines, fan de rock. «Conscience de gauche du capitalisme». N’a donc peur de rien, et surtout pas des contradictions. Conseille les fonds d’investissement créanciers de la Grèce puis la Grèce elle-même contre ses créanciers, au gré des élections». La suite de la notule mérite le détour…

Le sens de la formule et les manières d’aphorismes dont regorge l’Abécédaire du Tout-Paris sont superbement accompagnés par les illustrations d’Audrey Bussi qui apportent un baume de douceur sur les coups de griffes de l’auteur. Bien sûr, on ne partage pas tous les enthousiasmes et les détestations de ce dernier. Par exemple, quand il qualifie Elisabeth Lévy de «poissonnière», ce qui est parfaitement injuste envers cette noble profession. D’aucuns pourraient juger Paul de Vallonges pour le moins goujat, malotru, cruel, d’autant qu’il se dissimule derrière un pseudo. Erreur de perspective. Car quelqu’un qui se souvient avec affection de Frédéric Berthet et de Pascale Ogier ne peut pas être totalement mauvais.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Abécédaire du Tout-Paris, éditions Séguier, 160 p.

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