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Femme au bord de la crise de nerfs

09 Déc Publié par dans Cinéma | Commentaires

Entre drame et comédie, Mia Madre de Nanni Moretti met en scène une cinéaste face aux affres d’un tournage et à la maladie de sa mère. Magnifique.

Mia Madre

Rien ne va plus pour Margherita. Le tournage du nouveau film de cette cinéaste d’une cinquantaine d’années n’est pas une partie de plaisir. Divorcée, elle vient de quitter son compagnon. Sa fille est une ado qui préfère le ski aux études. Surtout, sa mère est à l’hôpital. Derrière le jargon des médecins, on comprend que le cœur est mal en point. Cerise sur le gâteau: Barry Huggins, l’acteur hollywoodien qui tient l’un des premiers rôles, se révèle aussi cabotin que capricieux, tandis que son italien laisse à désirer et qu’apprendre trois lignes de texte semble hors de portée pour lui. Heureusement, Margherita peut compter sur Giovanni, frère et fils plus que parfait, attentionné, disponible…

Après Le Caïman et Habemus Papam, Nanni Moretti revient à sa veine intimiste et d’inspiration autobiographique. On songe évidemment à La Chambre du fils, Palme d’Or en 2001, où un couple était confronté à la disparition brutale de leur fils, mais Mia Madre mêle la comédie au drame dans une alchimie parfaite. Moretti, qui s’efface ici en endossant le rôle d’un bon samaritain, nous offre d’abord un portrait de femme bousculée dans ses certitudes et démunie face à la mort prochaine de sa mère. Les scènes de tournage d’un film résolument engagé et social (narrant la résistance de valeureux ouvriers face à de vils patrons) montrent la prétention et la vacuité de vouloir «dire le réel» quand des enjeux autrement plus importants envahissent l’existence de l’artiste. La vie n’est pas une direction d’acteurs, les répliques manquent, on n’a pas droit à une seconde prise…

Simplicité lumineuse

Mia MadreDans le rôle de cette femme en crise, Margherita Buy est formidable, éblouissante aussi bien dans le registre de la retenue que du lâcher prise. Un bonheur n’arrivant jamais seul, John Turturro signe également une composition de haut vol dans la peau de ce comédien mégalomane (qui prétend avoir tourné avec Kubrick), mais finalement attachant par ses failles tandis que le reste du casting est à l’unisson : de Giulia Lazzarini, magnifique dans le rôle de la mère, à la jeune Beatrice Mancini.

Si la direction d’acteurs de Moretti atteint une nouvelle fois le naturel le plus émouvant, que dire de sa mise en scène d’une simplicité lumineuse, de son sens du cadrage et de la composition des plans ? Oui, le cinéma paraît simple quand on regarde un film de l’auteur de Palombella Rossa et Journal intime. On rit, on pleure devant des visages de profils, une jeune fille qui fait ses premiers tours de scooter sous l’œil des parents, Turturro improvisant des pas de danse…Mia Madre nous parle aussi de la mémoire et de la transmission. À quoi bon s’encombrer des livres des grands auteurs classiques ? À quoi sert d’apprendre le latin de nos jours ? La réponse vient notamment d’anciens étudiants de la mère de Margherita. La vie continue…

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Mia Madre de Nanni Moretti avec Margherita Buy, John Turturro, Nanni Moretti. Durée : 1h47.

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