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Amy pas à tout prix…

28 Nov Publié par dans Cinéma | Commentaires

Crazy Amy, la nouvelle comédie du grand Judd Apatow, écrite et interprétée par la comédienne Amy Schumer, est un pesant déballage narcissique.

Trainwreck

Hey Judd, que s’est-il passé ? Qu’est-ce que ce film poussif, lourdingue, plat ? Depuis plus de vingt ans, Judd Apatow avait presque tout réussi et révolutionné la comédie américaine, à la télévision et au cinéma, en tant que producteur, scénariste et réalisateur. Il révéla une brillante génération de comédiens (Seth Rogen, James Franco, Jason Segel, Jonah Hill, Paul Rudd…), accompagna les débuts de Ben Stiller, produisit quelques-uns des meilleurs films de Will Ferrell ou Adam Sandler (Ricky Bobby : roi du circuitRien que pour vos cheveux). En tant que réalisateur, il signa un sans faute : aussi bien dans le registre de la comédie régressive et transgressive (40 ans, toujours puceauEn cloque, mode d’emploi) que dans le ton doux-amer de Funny People ou de 40 ans : mode d’emploi qui atteignent le niveau du meilleur Billy Wilder.

Certains critiques lui reprochèrent de négliger les personnages de femmes ? Il produisit en 2011 Mes meilleures amies avec Kristen Wiig et un casting quasi exclusivement féminin puis l’année suivante la série Girls sur HBO avec la jeune Lena Dunham à l’écriture et dans le rôle principal. Dans Crazy Amy (titre «français» de Trainwreck), Apatow met en scène Amy Schumer, célèbre aux Etats-Unis pour sa série télévisée à sketches Inside Amy Schumer, d’après un scénario écrit par la comédienne.

Amy s’aime beaucoup

Crazy-Amy-de-Judd-ApatowJournaliste dans un magazine masculin à New York, Amy a une vie amoureuse très libre et collectionne les amants d’une nuit. La vie de couple avec des enfants et des week-ends en famille ? Très peu pour elle. Elle préfère laisser cela à sa sœur et a retenu les leçons de leur père aussi volage que cynique. Sauf que notre mangeuse d’hommes s’attache au sujet de son prochain reportage : un brillant et attentionné médecin du sport…

Apparemment, Judd Apatow est tombé sous le charme de cette trentenaire blonde et boulotte, mais quelle idée chez ce maître en écriture d’adapter un scénario aussi faible ? Amy Schumer s’aime beaucoup. Il n’y a pas un plan du film où elle n’apparaît pas. Elle écrase tout, y compris son partenaire, le falot Bill Hader. Par ailleurs où sont passés les seconds rôles qui font le prix du cinéma d’Apatow ? Dans Funny People, on savourait les compositions de Jason Schwartzman, Seth Rogen, Jonah Hill ou Eric Bana (excusez du peu). Dans 40 ans : mode d’emploi, Jason Segel, Albert Brooks, John Ligthgow ou Melissa McCarthy campaient des personnages inoubliables. Ici, on doit se contenter de la star du basket LeBron James dans son propre rôle et d’une Tilda Swinton méconnaissable.

Tout cela manque de rythme, la noirceur chère à Apatow ne fait qu’affleurer dans ce trop long one woman show narcissique. À un moment, le héros s’endort pendant un monologue d’Amy Schumer, ce qui n’est pas idiot. Quelques saillies font mouche (un éloge funèbre débutant par : «Il était raciste, homophobe. C’était un ivrogne…»), le générique de fin fait entendre une chanson méconnue de Billy Joel (A Matter of Trust). C’est maigre. Comment celui qui sut si bien percer la psyché du mâle américain et occidental a-t-il pu se laisser ainsi «castrer» ? Allez, on oublie…

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Crazy Amy de Judd Apatow avec Amy Schumer, Bill Hader, Brie Larson. Durée : 2h05.

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